Tu sais, parfois l’amour a de ces contrastes qui te laissent perplexe. Tu te retrouves à moitié admiratif, à moitié frustré, complètement perdu entre les battements de ton cœur et les froissements de ton portefeuille. C’est un peu ce qui se passe avec moi ces derniers temps.
Ma copine — appelons-la Claudia — c’est un genre de femme qui ne passe pas inaperçue. Elle rayonne. Elle a tout pour elle : un bon job, un appart cosy rien qu’à elle, une voiture de fonction qu’elle conduit avec assurance, des tenues toujours impeccables sorties tout droit de chez sa couturière, et ce petit air assuré des gens qui réussissent. Franchement, parfois je l’envie. Et dans le même souffle, je suis fier qu’elle soit à moi.
Pour moi, les femmes comme elle sont des bâtisseuses, des magiciennes modernes. Ce qu’elles touchent devient or. Et moi, j’ai dû me battre pour être à ses côtés. Pas de Ferrari dans le garage ni de brunch tous les dimanches à l’hôtel chic du coin. Je fais ce que je peux avec ce que j’ai. Elle savait ça dès le départ.
Au début, c’était un peu compliqué. Elle voulait qu’on aille dans des endroits chics, que je l’emmène dîner dans des restos où le prix des plats me donnerait des palpitations rien qu’en regardant le menu. J’ai pris mon courage à deux mains un soir, et je lui ai parlé franchement. Je lui ai expliqué que je n’étais pas Crésus et que j’avais un budget mensuel que je ne pouvais pas exploser. Elle a compris. Du moins, c’est ce que je croyais.
Elle a arrêté de réclamer ces sorties coûteuses. De temps en temps, je fais un effort : un petit resto, une sortie à deux, un moment sympa sans trop casser ma tirelire. Mais c’est à peu près là que ça s’arrête… ou aurait dû s’arrêter.
Parce qu’au fil du temps, ce ne sont plus les sorties qu’elle demande. Non. Maintenant, elle est passée à un autre niveau : les transferts d’argent via Momo ou Orange Money, et toujours avec un air de grande urgence.
- « Est-ce que tu peux m’envoyer 40 000 F ? Ma voiture est tombée en panne. »
- « Je suis chez la couturière mais il me manque 10 000 F pour finir mon habit. »
- « Une amie vend un sac de marque à bas prix. Une vraie occasion ! Tu peux me dépanner de 25 000 F ? »
Et là, je t’avoue… je commence à saturer. Parfois je cède, mais selon mes moyens. Je lui envoie la moitié. Parfois je suis cash : « Je n’ai pas. » Et d’autres fois, je suis à deux doigts d’exploser tellement ça me met en colère. Parce que c’est constant. C’est répétitif. Et elle ne semble pas prendre en compte ce que je vis moi.
Le mois dernier, on a eu une grosse engueulade à cause de ça. J’étais en train de me demander si cette relation avait encore un avenir. Elle m’a supplié — oui, supplié — de ne pas partir. « Je vais changer », elle m’a dit. « Je vais vivre selon mes et tes moyens. Plus de demandes. Je te promets. »
J’ai voulu y croire. Une semaine plus tard, mon téléphone vibre. C’était elle : « Bébé, crois-moi, c’est différent. J’ai juste besoin de 5 000 F pour compléter un achat au supermarché. C’est un prêt hein, je vais te rembourser. »
Je me suis pincé. Littéralement. Mais je l’ai fait. Je lui ai envoyé. Et jusqu’à aujourd’hui ? Rien du tout… Pas une trace du remboursement.
Et voilà ce que j’arrive pas à comprendre. Elle n’est pas fauchée. Elle ne vit pas dans le besoin. Elle gagne mieux sa vie que moi. Alors pourquoi ces demandes à répétition ? Est-ce qu’elle me teste ? Est-ce que c’est une forme d’assurance affective du genre « s’il m’aime, il me donnera » ? Ou alors, et j’ose à peine le dire, est-ce une habitude ancrée, une forme de dépendance émotionnelle travestie en besoin financier ?
C’est comme si elle voulait valider ma valeur à travers ce que je peux lui donner. Pourtant, mon amour pour elle, il ne se compte pas en francs CFA. Je lui donne ma présence, mon temps, mon écoute. Mais pour elle, est-ce que ça suffit ?
Tu vois, je commence sérieusement à me demander si ce n’est pas plus profond qu’une simple histoire d’argent. Est-ce qu’il existe une forme de codépendance financière ? Est-ce qu’elle cherche inconsciemment à se sentir prise en charge ? Peut-être que dans sa tête, l’homme doit toujours subvenir… même si elle n’a besoin de rien ?
Et moi, tu sais ce que je réalise doucement ? C’est qu’en amour, ce n’est pas le compte en banque qui fait la valeur. C’est l’intention. Et si l’autre ne le comprend pas, à un moment, il faut savoir où on met les limites. Pour ne pas se perdre. Pour ne pas finir à aimer à crédit.