Il y a des soirs où l’histoire décide, tout simplement, de changer de camp. Ce dimanche 16 août 2026, au stade Prince Moulay Hassan de Rabat, les Lionnes Indomptables du Cameroun ont écrit la page la plus dorée de leur football féminin : un premier sacre continental, arraché 3-0 face à des Malawites venues du bout du monde pour croire, elles aussi, au miracle. Trois buts, zéro but encaissé, et surtout : la fin d’un règne qui, jusque-là, semblait immuable. Racontons cette nuit où le Cameroun a enfin dompté son destin.
Un scénario écrit en trente minutes chrono
Oubliez le folklore d’une finale équilibrée, avec ses rebondissements et ses frayeurs jusqu’au bout : celle-ci s’est jouée dans la première demi-heure, et le Malawi n’a jamais vraiment eu voix au chapitre. Sous les yeux de l’arbitre égyptienne Shahenda El Maghrabi, les Camerounaises ont étouffé leurs adversaires dès l’entame, multipliant les centres depuis le flanc gauche pour affoler une défense malawite visiblement sonnée par l’enjeu.
Le scénario, en quelques touches :
- 20e minute : sur un centre aérien, la gardienne malawite relâche le ballon. Ngah Manga n’a plus qu’à pousser, de la tête, l’ouverture du score.
- 30e minute : Naomi Eto double la mise d’une frappe décroisée, précise et sans complexe, sur un corner mal négocié par le bloc malawite.
- 45e+3 : nouvelle sortie ratée de la portière adverse, et Ngah Manga s’offre un doublé qui scelle, ou presque, le sort de la rencontre avant même la pause.
À la mi-temps, le score affichait déjà 3-0. Autant dire que la seconde période n’a été, pour les Scorchers du Malawi, qu’un long exercice de résistance face à une équipe camerounaise qui aurait même pu alourdir l’addition, n’était-ce ce but refusé pour hors-jeu à Gabrielle Onguéné dans les ultimes secondes. Un seul regret côté camerounais, une note presque anecdotique tant la démonstration fut totale.
Bihina, le mur qui n’a jamais eu besoin de sortir les griffes
Il y a des gardiennes qu’on remarque à leurs exploits, et d’autres à leur sérénité tranquille. Michaely Bihina, portière des Lionnes et déjà héroïne du parcours camerounais, elle avait sorti les Marocaines aux tirs au but en demi-finale, n’a, cette fois, quasiment pas été inquiétée. Un ou deux frissons, une sortie hasardeuse vite rattrapée face à Tabitha Chawinga, et c’est à peu près tout. Elle repart d’ailleurs de ce tournoi auréolée du titre de meilleure gardienne de la compétition, symbole d’une défense camerounaise qui n’a laissé filtrer que le strict minimum sur l’ensemble de la CAN.
De l’autre côté, les fameuses sœurs Chawinga, Tabitha et Temwa, auteures à elles deux de neuf des douze buts malawites dans le tournoi, ont été muselées comme jamais. Pour une attaque qui avait fait vaciller des défenses bien plus expérimentées, la panne sèche en finale a quelque chose d’une injustice sportive mais le football, dans sa cruauté coutumière, ne retient que le tableau d’affichage.
Un sacre qui n’a rien d’un hasard de calendrier
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce titre camerounais ne doit rien à un tirage au sort clément. Repêchées grâce à l’élargissement de la compétition à seize équipes décidé par la CAF, les Lionnes Indomptables ont dû, pour exister dans ce tournoi, terrasser deux monstres sacrés du football féminin africain :
- Le Nigeria, ogre continental aux dix titres, tombeur du Cameroun à onze reprises sur treize confrontations historiques et bourreau des Camerounaises lors de leur dernière finale perdue, en 2016. Battu 1-0 en quart de finale.
- Le Maroc, pays hôte et favori naturel, sorti en demi-finale (0-0, 3 tirs au but à 1), déjà grâce aux parades de Bihina.
Après des finales perdues en 2004, 2014 et 2016, difficile d’imaginer symbole plus fort qu’un sacre obtenu en passant, dans le même tournoi, sur le corps du bourreau historique nigérian puis sur celui du pays organisateur. On ne devient pas championne d’Afrique par accident quand on élimine, coup sur coup, les deux favoris annoncés.
Le Malawi, la révélation qui restera dans les mémoires malgré la désillusion
Il serait injuste, et même un brin cruel, de réduire cette finale à l’échec malawite. Car le vrai miracle de cette CAN 2026, c’est bien celui des Scorchers, qui disputaient là leur toute première Coupe d’Afrique des nations de leur histoire. Une seule défaite avant la finale, contre la Zambie en phase de groupes, et un parcours qui a électrisé un pays où le football féminin restait, jusque-là, largement dans l’ombre.
La marche était sans doute trop haute, ce soir-là. Fatigue accumulée sur un tournoi exigeant, jambes lourdes après des mois d’efforts inédits, pression d’une première historique : les explications ne manquent pas pour comprendre pourquoi les Malawites, hormis quelques rushs en tout début de partie, sont apparues comme tétanisées face à des Camerounaises injouables. Reste une médaille d’argent inespérée, et l’intime conviction qu’un pays vient de basculer, pour de bon, dans le paysage du football féminin africain.
Ce que ce titre change vraiment pour le Cameroun
Au-delà de la fierté nationale, immense, on l’imagine, de Yaoundé à Douala, en passant par Maroua, Garoua, Bamenda ou Bafoussam, ce sacre a une dimension très concrète. La CAF a doublé, cette année, la prime réservée à la championne d’Afrique, la faisant passer d’un à deux millions de dollars, soit environ 1,1 milliard de francs CFA qui vont directement gonfler les caisses de la FECAFOOT. Une somme considérable, à mille lieues des standards d’il y a encore quelques années, et qui pourrait, si elle est bien employée, financer durablement le développement du football féminin camerounais.
Ce titre tombe aussi à point nommé pour un football camerounais globalement sevré de trophées : les Lions Indomptables masculins n’ont plus soulevé la CAN depuis 2017 et n’étaient pas présents au dernier Mondial. Dans ce contexte, voir les Lionnes ramener la première étoile continentale de l’histoire du pays a valeur de symbole autant que de réparation.
Cap sur le Brésil 2027 ?
Cette CAN féminine 2026 servait aussi de tournoi qualificatif pour la Coupe du monde 2027, qui se tiendra au Brésil. Aux côtés du Maroc, de l’Algérie et, à n’en pas douter, du Nigeria malgré sa désillusion, le Cameroun s’apprête à y défendre les couleurs d’un continent qui a, ce 16 août 2026, prouvé que sa hiérarchie n’était plus gravée dans le marbre.

