Cameroun : polémique autour des influenceuses et de la diffusion de contenus intimes sans consentement

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Douala/Yaoundé. Depuis plusieurs mois, les réseaux sociaux camerounais sont en ébullition. Plusieurs figures connues de l’univers des réseaux sociaux se retrouvent au cœur d’une tempête numérique, après la circulation de contenus à caractère intime, diffusés sans leur accord. Une affaire qui dépasse largement le simple « kongossa » et qui pose, en creux, une question bien plus grave : jusqu’où va-t-on laisser Internet piétiner la vie privée de qui que ce soit ?

Chez Japap, on a fait un choix éditorial clair sur ce sujet : on ne relaiera ni ne détaillera les contenus en question, et on ne citera pas nommément les personnes concernées. Notre objectif n’est pas d’alimenter la diffusion, il est de comprendre ce qui se joue, et d’ouvrir un vrai débat de société.

Que s’est-il passé, concrètement ?

Sans entrer dans les détails des contenus eux-mêmes, voici ce qu’on peut dire de manière factuelle : des vidéos et images à caractère privé, appartenant à plusieurs personnalités féminines actives sur les réseaux sociaux camerounais, ont commencé à circuler massivement ces derniers mois, sans que leur diffusion n’ait été autorisée par les personnes concernées. Le phénomène a pris une ampleur telle qu’il s’est imposé comme l’un des sujets les plus commentés du moment au Cameroun.

Plusieurs médias et pages people locales ont participé, volontairement ou non, à l’amplification de cette diffusion, certains en relayant les contenus, d’autres simplement en débattant sans filtre. C’est précisément ce point qui mérite qu’on s’y attarde.

Pourquoi c’est un problème bien plus large qu’un simple « buzz »

On a tendance, sur les réseaux, à traiter ce genre d’affaire comme un potin parmi d’autres. Grave erreur. La diffusion de contenus intimes sans le consentement de la personne concernée n’est pas un fait divers people : c’est une atteinte à la vie privée, potentiellement une infraction pénale, et dans bien des cas, une forme de violence numérique aux conséquences durables sur la santé mentale des victimes.

Prenons un exemple concret pour bien saisir l’enjeu : imaginez qu’un souvenir personnel, filmé dans un moment d’intimité et jamais destiné à être partagé, se retrouve un matin sur le téléphone de milliers d’inconnus, commenté, moqué, décortiqué. La victime n’a strictement rien fait pour mériter cette exposition. Pourtant, c’est bien elle qui en subit les conséquences (sociales, professionnelles, psychologiques) pendant que celui ou celle qui a diffusé le contenu reste, la plupart du temps, dans l’anonymat le plus total.

Les conséquences concrètes pour les victimes peuvent inclure :

  • une exposition publique totalement non désirée, avec un effet quasi irréversible une fois le contenu en ligne ;
  • une vague de harcèlement, de moqueries et parfois de menaces sur les réseaux sociaux ;
  • des répercussions professionnelles et familiales, parfois violentes dans des sociétés où la pudeur reste une valeur cardinale ;
  • une détresse psychologique majeure, la victime se retrouvant à devoir justifier ou porter la honte d’un acte dont elle n’est absolument pas responsable.

Le rôle trouble des relais et des « médias people »

C’est là que le bât blesse le plus, à notre sens. Une fuite de contenu intime, aussi regrettable soit-elle à l’origine, ne devient un phénomène de société que lorsqu’elle est massivement relayée. Sans partage, sans commentaire, sans page qui en fait un sujet à sensation pour engranger des vues, l’ampleur de la diffusion resterait limitée.

Ce que dit la loi

La diffusion de contenus intimes sans consentement est encadrée par la loi dans la plupart des pays africains francophones, y compris le Cameroun, où le Code pénal et la législation sur la cybercriminalité prévoient des sanctions pour ce type d’atteinte à la vie privée. Le problème, en pratique, reste souvent la difficulté à identifier les premiers diffuseurs et à faire appliquer ces textes à la vitesse à laquelle circule un contenu viral.

On peut avoir son opinion sur la vie privée de telle ou telle personnalité publique. Mais il y a une différence fondamentale entre commenter un choix de vie assumé et publiquement partagé, et exposer un contenu volé, jamais destiné à être vu par qui que ce soit d’autre que la personne concernée (et, éventuellement, un partenaire de confiance). La première relève du débat public. La seconde relève, sans détour, de la violence.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Les internautes et les pages qui relaient ce genre de contenu portent-ils, selon vous, une part de responsabilité aussi lourde que celui ou celle qui l’a diffusé en premier lieu ? Et surtout : que faudrait-il mettre en place, en Afrique francophone, pour mieux protéger les victimes de ce type de dérive ? On veut lire votre avis en commentaire.

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