Cinquante féminicides recensés officiellement entre janvier et avril 2026, cinq propositions de loi déposées sur le bureau de l’Assemblée nationale, et zéro examen en séance plénière. Pendant ce temps, les corps continuent de s’accumuler dans les faits divers, et la question que tout le monde chuchote sans oser la crier finit par s’imposer d’elle-même : qui protège vraiment les femmes camerounaises ?
Une semaine qui a fait basculer le débat
Le 25 août 2026, Beguel Crescence Merline a été poignardée à mort dans un hôtel de Yaoundé. L’homme qu’elle avait rencontré sur Internet quelques semaines plus tôt est aujourd’hui suspecté du meurtre. Trois jours plus tard, à peine, une autre affaire éclatait : la mort de Delphine Bih, dont le compagnon a été interpellé après que les circonstances du drame ont commencé à être révélées.
Deux drames en une semaine. Et selon la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille elle-même, Marie Thérèse Abena Ondoa, on ne parle pas d’un cas isolé mais d’« au moins huit femmes tuées » sur les sept derniers jours. Dans une interview accordée le 26 août, elle a qualifié la situation d’inquiétante, un mot presque pudique pour décrire ce que vivent, chaque semaine, des dizaines de familles camerounaises.
Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la fréquence. C’est la répétition du même scénario : une dispute, souvent liée à l’argent ou à la jalousie, qui dégénère en tragédie irréversible. Un homme qui, dans une écrasante majorité des cas, connaissait sa victime intimement.
La loi qui dort depuis six mois
Voici le paradoxe qui met le feu aux réseaux sociaux camerounais cette semaine. Pendant que le gouvernement affirme qu’un projet de loi contre les violences faites aux femmes est « en examen » dans les services du Premier ministre, l’opposition, elle, raconte une tout autre histoire.
Le Social Democratic Front (SDF) a sorti l’artillerie lourde le 28 août. Le parti affirme avoir déposé, depuis plusieurs mois déjà, des propositions de loi visant à instaurer un cadre légal spécifique contre les féminicides : prévention, protection d’urgence, répression renforcée, prise en charge des victimes. Cinq textes au total. Et selon le SDF, le parti au pouvoir, le RDPC, se contenterait d’un silence poli depuis le mois de juin, sans jamais inscrire ces propositions à l’ordre du jour.
C’est une accusation grave, presque une gifle institutionnelle. Parce qu’au fond, la question posée est simple et redoutable : est-ce qu’on manque de lois, ou est-ce qu’on manque de volonté politique ?
Ce que prévoit réellement le texte gouvernemental
Pour clarifier un peu ce maquis législatif, voici ce qu’on sait du dispositif porté par l’exécutif :
- Un cadre juridique spécifique pour nommer et sanctionner le féminicide en tant que tel : actuellement, le droit camerounais ne reconnaît pas cette catégorie.
- La suppression des circonstances atténuantes liées au « crime passionnel », qui permettent aujourd’hui à des auteurs de meurtres conjugaux d’écoper de peines allégées.
- Un renforcement de la prise en charge des plaintes pour violences conjugales, souvent classées sans suite faute de suivi.
- Un plan d’action lancé dès le 1er juin 2026, associant les ministères de la Communication, de la Promotion de la femme et des Affaires sociales, prévoyant des structures d’accueil temporaires, une assistance judiciaire et un accompagnement à la réinsertion socio-économique.
Sur le papier, tout cela semble solide. Le problème, c’est que le texte n’a toujours pas franchi la case Parlement.
Pourquoi le mot « crime passionnel » fait autant de dégâts
Il faut s’arrêter un instant sur cette histoire de « circonstances atténuantes ». Dans beaucoup de dossiers de féminicide au Cameroun, l’auteur invoque une jalousie maladive, un doute sur une paternité, une trahison supposée et le système judiciaire, encore aujourd’hui, a tendance à traiter ces éléments comme des facteurs qui adoucissent la peine plutôt que comme des aveux de préméditation déguisée.
C’est exactement ce vide juridique que la future loi entend combler. Tant que le texte n’est pas voté, un homme qui tue sa compagne par jalousie risque, dans certains cas, une peine bien plus clémente que ce que le bon sens réclamerait.
Une session parlementaire décisive en septembre
La proposition de loi portée par le SDF devrait être présentée devant le Parlement lors de la session de septembre 2026. C’est un rendez-vous à surveiller de très près, parce qu’il tranchera une question simple : le RDPC va-t-il enfin laisser le débat s’ouvrir, ou le silence observé depuis juin va-t-il se prolonger encore ?
L’enjeu, comme le souligne l’opposition, dépasse largement le clivage politique habituel. Il touche à la crédibilité même d’une institution censée représenter et protéger les citoyens les plus vulnérables.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Est-ce que le blocage de cette loi relève d’un vrai désaccord de fond, ou d’un simple manque de courage politique face à un sujet qui dérange ? Dites-le-moi en commentaire, ce débat mérite d’être ouvert largement.

