{"id":1046,"date":"2026-06-26T17:56:46","date_gmt":"2026-06-26T15:56:46","guid":{"rendered":"https:\/\/japap.info\/latech\/?p=1046"},"modified":"2026-06-26T17:56:57","modified_gmt":"2026-06-26T15:56:57","slug":"connectome-drosophile-cerveau-controle-distribue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/japap.info\/latech\/2026\/connectome-drosophile-cerveau-controle-distribue\/1046\/","title":{"rendered":"Le cerveau ne commande pas tout : la cartographie compl\u00e8te d&rsquo;une mouche des fruits bouleverse un dogme vieux de plusieurs d\u00e9cennies en neurosciences"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">160 000 neurones, une mouche, et une certitude scientifique qui vient de s&rsquo;effondrer<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant des d\u00e9cennies, les neuroscientifiques ont construit leur discipline autour d&rsquo;une intuition presque \u00e9vidente : le cerveau commande, le corps ex\u00e9cute. Une sorte de chef d&rsquo;orchestre c\u00e9r\u00e9bral qui dicterait, neurone apr\u00e8s neurone, chaque mouvement de patte, chaque battement d&rsquo;aile, chaque geste du quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 8 juin 2026, une \u00e9tude publi\u00e9e dans la prestigieuse revue <strong>Nature<\/strong> est venue \u00e9branler s\u00e9rieusement cette certitude et l&rsquo;animal qui a permis cette d\u00e9couverte n&rsquo;est ni un primate sophistiqu\u00e9, ni un rongeur de laboratoire bien connu, mais une simple <strong>mouche des fruits<\/strong>, la fameuse <em>Drosophila melanogaster<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une \u00e9quipe internationale de chercheurs, men\u00e9e conjointement par des laboratoires de la <strong>Harvard Medical School<\/strong>, du <strong>Boston Children&rsquo;s Hospital<\/strong> et de l&rsquo;<strong>Universit\u00e9 de Princeton<\/strong>, a r\u00e9ussi un exploit technique in\u00e9dit : cartographier <strong>l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des connexions neuronales<\/strong> du syst\u00e8me nerveux central d&rsquo;une drosophile adulte, du cerveau jusqu&rsquo;au dernier nerf qui contr\u00f4le la moindre de ses pattes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et ce que cette carte a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 bouscule un paradigme vieux de plusieurs d\u00e9cennies en neurosciences.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le connectome : qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est, et pourquoi c&rsquo;est si difficile \u00e0 r\u00e9aliser ?<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant de comprendre la d\u00e9couverte elle-m\u00eame, il faut comprendre l&rsquo;outil qui l&rsquo;a rendue possible. Et cet outil porte un nom encore peu connu du grand public : le <strong>connectome<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une carte compl\u00e8te du c\u00e2blage neuronal<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un <strong>connectome<\/strong>, c&rsquo;est un peu l&rsquo;\u00e9quivalent, pour le syst\u00e8me nerveux, de ce qu&rsquo;est une carte \u00e9lectrique d\u00e9taill\u00e9e pour un b\u00e2timent complexe : un sch\u00e9ma exhaustif qui montre <strong>o\u00f9 se trouve chaque fil (chaque neurone) et comment il se connecte \u00e0 tous les autres<\/strong>, jusqu&rsquo;au point de contact pr\u00e9cis appel\u00e9 <strong>synapse<\/strong>, l&rsquo;endroit o\u00f9 deux neurones communiquent entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rachel Wilson, co-auteure principale de l&rsquo;\u00e9tude et titulaire de la chaire Joseph B. Martin de recherche fondamentale en neurobiologie \u00e0 l&rsquo;Institut Blavatnik de la Harvard Medical School, r\u00e9sume l&rsquo;enjeu avec une formule limpide : <em>\u00ab Pour la premi\u00e8re fois, nous pouvons observer l&rsquo;ensemble des neurones et de leurs connexions comme une unit\u00e9 compl\u00e8te et nous interroger : \u00ab\u00a0Que pouvons-nous en tirer ?\u00a0\u00bb \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Pourquoi c&rsquo;est techniquement vertigineux \u00e0 r\u00e9aliser<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cartographier un connectome complet n&rsquo;est pas une simple photographie. Le proc\u00e9d\u00e9 exige une pr\u00e9cision proprement hallucinante :<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>Les chercheurs d\u00e9coupent le syst\u00e8me nerveux de l&rsquo;animal en <strong>milliers de fines coupes<\/strong>, litt\u00e9ralement des tranches microscopiques d&rsquo;une \u00e9paisseur infime.<\/li>\n\n\n\n<li>Chaque coupe est photographi\u00e9e par <strong>microscopie \u00e9lectronique<\/strong>, une technologie d&rsquo;imagerie qui permet de voir des structures bien plus petites que ce que la lumi\u00e8re visible pourrait r\u00e9v\u00e9ler.<\/li>\n\n\n\n<li>Cette op\u00e9ration g\u00e9n\u00e8re <strong>des millions d&rsquo;images<\/strong>, qu&rsquo;il faut ensuite <strong>r\u00e9aligner et r\u00e9assembler<\/strong> en une carte tridimensionnelle coh\u00e9rente.<\/li>\n\n\n\n<li>Des outils d&rsquo;<strong><a href=\"https:\/\/japap.info\/latech\/2023\/les-preoccupations-majeures-des-legislateurs-concernant-lia-en-sante-decouvrez-les-enjeux-cles\/519\/\"><i><u><b>intelligence artificielle<\/b><\/u><\/i><\/a><\/strong> entrent alors en jeu pour aider \u00e0 reconstituer le trajet de chaque neurone \u00e0 travers ces milliers de coupes, et identifier pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 chacun se connecte \u00e0 ses voisins.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour donner une id\u00e9e de l&rsquo;ampleur du travail accompli : le connectome c\u00e9r\u00e9bral seul, publi\u00e9 en 2024 par le consortium <strong>FlyWire<\/strong>, contenait d\u00e9j\u00e0 <strong>139 255 neurones reconstruits<\/strong> et environ <strong>54,5 millions de synapses<\/strong>. La nouvelle \u00e9tude de 2026 a \u00e9tendu cette cartographie au <strong>cordon nerveux ventral<\/strong> (l&rsquo;\u00e9quivalent, chez la mouche, de notre moelle \u00e9pini\u00e8re) pour obtenir un connectome unifi\u00e9 comptant environ <strong>160 000 neurones<\/strong> et plus de <strong>214 millions de synapses<\/strong> au total. C&rsquo;est, \u00e0 ce jour, le <strong>plus grand connectome jamais r\u00e9alis\u00e9 pour un animal adulte complet<\/strong>, brain et corps confondus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pourquoi la drosophile ? Le choix d&rsquo;un mod\u00e8le minuscule mais redoutablement efficace<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On pourrait l\u00e9gitimement se demander pourquoi des chercheurs de Harvard et de Princeton consacrent des ann\u00e9es de travail \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude du syst\u00e8me nerveux d&rsquo;un insecte que la plupart des gens chassent d&rsquo;un revers de main au-dessus d&rsquo;un fruit trop m\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un syst\u00e8me nerveux modeste, mais un comportement \u00e9tonnamment riche<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La drosophile pr\u00e9sente, pour la science, une combinaison de qualit\u00e9s absolument rare :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Une simplicit\u00e9 d&rsquo;\u00e9levage<\/strong> : ces mouches se reproduisent rapidement et co\u00fbtent tr\u00e8s peu \u00e0 entretenir en laboratoire, compar\u00e9 \u00e0 des animaux plus complexes.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Un syst\u00e8me nerveux relativement modeste<\/strong> : environ <strong>160 000 neurones<\/strong>, \u00e0 comparer aux <strong>70 millions<\/strong> d&rsquo;une souris ou aux <strong>86 milliards<\/strong> d&rsquo;un cerveau humain, un \u00e9cart qui rend la cartographie compl\u00e8te <em>r\u00e9alisable<\/em> avec les technologies actuelles.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Des comportements \u00e9tonnamment sophistiqu\u00e9s<\/strong> malgr\u00e9 cette simplicit\u00e9 apparente : navigation dans l&rsquo;espace, interactions sociales, apprentissage, r\u00e9ponses fines aux stimuli sensoriels.<\/li>\n\n\n\n<li>Ce que le professeur Wei-Chung Allen Lee, co-auteur principal de l&rsquo;\u00e9tude, d\u00e9crit comme une <strong>\u00ab bo\u00eete \u00e0 outils g\u00e9n\u00e9tique incroyablement sophistiqu\u00e9e \u00bb<\/strong> : les chercheurs peuvent acc\u00e9der, contr\u00f4ler et enregistrer l&rsquo;activit\u00e9 de neurones individuels ou de groupes entiers de neurones avec une pr\u00e9cision que peu d&rsquo;autres mod\u00e8les animaux permettent.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Wei-Chung Allen Lee, professeur associ\u00e9 de neurobiologie \u00e0 la Harvard Medical School et professeur de neurologie au Boston Children&rsquo;s Hospital, insiste sur l&rsquo;importance de relier les deux moiti\u00e9s du puzzle : <em>\u00ab Il est essentiel de disposer d&rsquo;un connectome du syst\u00e8me nerveux central aussi complet que possible pour \u00e9tablir un lien entre le cerveau et le corps et appr\u00e9hender le comportement de mani\u00e8re holistique. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Deux \u00e9quipes, deux pi\u00e8ces du puzzle, une fusion historique<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui rend cette \u00e9tude particuli\u00e8rement remarquable, c&rsquo;est qu&rsquo;elle r\u00e9unit le travail de <strong>deux \u00e9quipes distinctes<\/strong> qui progressaient en parall\u00e8le depuis plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, le <strong>consortium FlyWire<\/strong>, dirig\u00e9 par <strong>Mala Murthy<\/strong> et <strong>Sebastian Seung<\/strong> de Princeton, avait d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 en 2024 le connectome complet du <strong>cerveau<\/strong> de la drosophile, un travail colossal en lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De l&rsquo;autre, l&rsquo;\u00e9quipe de <strong>Wei-Chung Allen Lee<\/strong> \u00e0 Harvard travaillait depuis plusieurs ann\u00e9es \u00e0 la reconstitution du connectome du <strong>cordon nerveux ventral<\/strong>, la structure qui contr\u00f4le les pattes, les ailes et les autres appendices, tout en traitant les informations sensorielles en provenance du corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Helen Yang<\/strong>, co-premi\u00e8re auteure de l&rsquo;\u00e9tude et chercheuse au laboratoire Wilson, explique pourquoi ces deux pi\u00e8ces, prises s\u00e9par\u00e9ment, restaient frustrantes : <em>\u00ab Les connectomes du cerveau et de la moelle nerveuse sont chacun utiles individuellement, mais tant qu&rsquo;on ne parvient pas \u00e0 les relier, il est difficile de comprendre comment l&rsquo;information circule entre le cerveau et le corps. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette fusion baptis\u00e9e <strong>BANC<\/strong>, pour <em>Brain And Nerve Cord<\/em> (\u00ab cerveau et cordon nerveux \u00bb), qui constitue la prouesse centrale de cette nouvelle publication.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le r\u00f4le particulier des neurones du cordon nerveux<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Alexander Bates<\/strong>, \u00e9galement co-premier auteur et chercheur au laboratoire Wilson, souligne une nuance int\u00e9ressante : si la grande majorit\u00e9 des neurones se trouvent effectivement dans le cerveau, ceux du cordon nerveux ventral comptent parmi les <strong>\u00ab plus utiles \u00bb<\/strong> scientifiquement parlant, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;ils sont directement li\u00e9s \u00e0 des fonctions concr\u00e8tes comme la <strong>sensation<\/strong> et le <strong>mouvement<\/strong>, ce qui les rend <strong>plus faciles \u00e0 interpr\u00e9ter<\/strong> pour les chercheurs qui essaient de comprendre le lien entre activit\u00e9 neuronale et comportement observable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La grande surprise : le cerveau n&rsquo;est pas le chef d&rsquo;orchestre qu&rsquo;on imaginait<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voici le c\u0153ur de cette d\u00e9couverte, celui qui a v\u00e9ritablement surpris la communaut\u00e9 scientifique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le dogme remis en question<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;id\u00e9e dominante en neurosciences depuis des d\u00e9cennies postulait que le cerveau fonctionne comme un <strong>contr\u00f4leur centralis\u00e9<\/strong>, une sorte de tour de contr\u00f4le unique qui prend toutes les d\u00e9cisions concernant les actions qu&rsquo;un animal entreprendra, puis envoie des instructions pr\u00e9cises au reste du corps pour les ex\u00e9cuter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est un mod\u00e8le intuitif. C&rsquo;est aussi, semble-t-il, un mod\u00e8le <strong>trop simpliste<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ce que les chercheurs ont r\u00e9ellement trouv\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;analyse minutieuse du connectome BANC a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une organisation radicalement diff\u00e9rente : de nombreux comportements de la drosophile ne sont <strong>pas<\/strong> dirig\u00e9s par un centre de commande unique log\u00e9 dans le cerveau. Ils sont plut\u00f4t <strong>contr\u00f4l\u00e9s par des circuits neuronaux locaux<\/strong>, situ\u00e9s directement dans les parties du corps impliqu\u00e9es dans l&rsquo;action concern\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Concr\u00e8tement, voici ce que cela signifie : le mouvement d&rsquo;<strong>une seule patte<\/strong> de la mouche est principalement pilot\u00e9 par les circuits neuronaux qui lui sont <strong>directement associ\u00e9s<\/strong> autrement dit, par un petit r\u00e9seau de neurones log\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate de cette patte, plut\u00f4t que par une instruction descendant depuis le cerveau \u00e0 chaque pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces circuits locaux ne fonctionnent pas non plus de mani\u00e8re totalement isol\u00e9e : ils <strong>communiquent entre eux<\/strong>, patte par patte, pour produire des mouvements coordonn\u00e9s comme la marche, qui n\u00e9cessite une coordination fine entre les six pattes de l&rsquo;insecte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et ce sch\u00e9ma ne se limite pas aux pattes. Les chercheurs ont observ\u00e9 le <strong>m\u00eame principe<\/strong> dans les circuits qui contr\u00f4lent les ailes, la bouche, et d&rsquo;autres parties du corps. Ces circuits moteurs locaux sont \u00e9galement connect\u00e9s \u00e0 d&rsquo;autres types de circuits notamment ceux des syst\u00e8mes <strong>visuel<\/strong> et <strong>endocrinien<\/strong> (li\u00e9 aux hormones) qui leur fournissent des informations suppl\u00e9mentaires venant enrichir et nuancer le comportement final.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alexander Bates r\u00e9sume cette d\u00e9couverte avec une formule qui capture bien l&rsquo;ampleur du changement de perspective : <em>\u00ab Nos r\u00e9sultats sugg\u00e8rent que le contr\u00f4le des actions est fortement distribu\u00e9 dans des modules locaux qui se connectent et interagissent de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une analogie pour mieux comprendre<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour rendre cette d\u00e9couverte plus tangible, on pourrait comparer l&rsquo;ancien mod\u00e8le \u00e0 une entreprise extr\u00eamement centralis\u00e9e, o\u00f9 chaque d\u00e9cision, m\u00eame la plus banale, doit remonter jusqu&rsquo;\u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale avant d&rsquo;\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9e. Le nouveau mod\u00e8le r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par le connectome ressemble davantage \u00e0 une organisation en <strong>\u00e9quipes autonomes<\/strong>, o\u00f9 chaque \u00e9quipe locale (chaque patte, chaque aile) dispose d&rsquo;une r\u00e9elle capacit\u00e9 de d\u00e9cision pour les t\u00e2ches routini\u00e8res, tandis que la direction g\u00e9n\u00e9rale (le cerveau) intervient surtout pour la <strong>coordination d&rsquo;ensemble<\/strong>, les d\u00e9cisions strat\u00e9giques, ou les situations qui sortent de l&rsquo;ordinaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Comment les chercheurs en sont-ils arriv\u00e9s \u00e0 cette conclusion ?<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le connectome comme outil de g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;hypoth\u00e8ses<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Wei-Chung Allen Lee insiste sur une dimension m\u00e9thodologique importante : le connectome n&rsquo;est pas, en lui-m\u00eame, une r\u00e9ponse d\u00e9finitive, c&rsquo;est un <strong>outil pour formuler de meilleures hypoth\u00e8ses<\/strong>, que les chercheurs peuvent ensuite tester en laboratoire par des exp\u00e9riences cibl\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il propose une comparaison particuli\u00e8rement \u00e9clairante : utiliser ce connectome reviendrait \u00e0 disposer des <strong>informations d\u00e9taill\u00e9es de <a href=\"https:\/\/japap.info\/latech\/2023\/le-lancement-de-lia-gemini-de-google-suscite-des-interrogations-sur-ses-capacites-decouvrez-les-details-ici\/500\/\"><i><u><b>Google<\/b><\/u><\/i><\/a> Maps<\/strong> pour planifier un itin\u00e9raire. Vous ne savez pas encore exactement ce que vous allez trouver en chemin, mais vous disposez d\u00e9sormais d&rsquo;une carte suffisamment pr\u00e9cise pour formuler des trajets plausibles et les v\u00e9rifier ensuite sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab Le connectome nous a montr\u00e9 que la plupart de nos hypoth\u00e8ses \u00e9taient trop simplistes \u00bb<\/em>, d\u00e9clare Lee. <em>\u00ab Nous pouvons maintenant \u00e9laborer des hypoth\u00e8ses plus complexes et mener des exp\u00e9riences pour les tester. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le contr\u00f4le moteur, premier terrain d&rsquo;application<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce travail d&rsquo;analyse approfondie du connectome qui a permis aux chercheurs d&rsquo;\u00e9tudier en d\u00e9tail comment une drosophile bouge ses pattes et les autres parties de son corps et c&rsquo;est cette analyse qui a d\u00e9bouch\u00e9 sur la d\u00e9couverte du contr\u00f4le distribu\u00e9 d\u00e9crite plus haut.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un connectome gratuit et ouvert \u00e0 toute la communaut\u00e9 scientifique mondiale<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un choix de partage radical<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9tail qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre soulign\u00e9 : ce connectome complet, fruit de <strong>plusieurs ann\u00e9es<\/strong> de travail collaboratif international, est <strong>accessible gratuitement en ligne<\/strong>, via la plateforme <strong><a href=\"https:\/\/flywire.ai\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Codex<\/a><\/strong> d\u00e9velopp\u00e9e par le consortium FlyWire. N&rsquo;importe quel scientifique, o\u00f9 qu&rsquo;il se trouve dans le monde, peut consulter, explorer et utiliser cette ressource pour ses propres recherches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce choix s&rsquo;inscrit dans une tradition de science ouverte que Rachel Wilson a qualifi\u00e9e, \u00e0 propos de ce projet, de <em>\u00ab grand effort de science ouverte, et un excellent exemple de la puissance de la coop\u00e9ration et de la transparence internationales \u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un financement public assum\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9tude a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du soutien financier du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral am\u00e9ricain, notamment via l&rsquo;initiative <strong>BRAIN<\/strong> (<em>Brain Research Through Advancing Innovative Neurotechnologies<\/em>), ainsi que des <strong>National Institutes of Health (NIH)<\/strong> et de la <strong>National Science Foundation (NSF)<\/strong> : trois institutions publiques majeures du financement de la recherche scientifique aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une comparaison qui parle d&rsquo;elle-m\u00eame : le Projet G\u00e9nome Humain<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Helen Yang propose une comparaison historique forte pour faire comprendre l&rsquo;ampleur potentielle de cette ressource : elle compare ce connectome au <strong>Projet G\u00e9nome Humain<\/strong>, cette autre grande initiative de science ouverte qui, en cartographiant l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du g\u00e9nome humain au tournant des ann\u00e9es 2000, a depuis permis des <strong>avanc\u00e9es consid\u00e9rables<\/strong> dans des domaines aussi vari\u00e9s que la m\u00e9decine personnalis\u00e9e, la g\u00e9n\u00e9tique des maladies, ou la biotechnologie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;espoir des chercheurs est que ce connectome de la drosophile produise un effet d&rsquo;entra\u00eenement comparable pour les neurosciences dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Et apr\u00e8s ? Les prochaines \u00e9tapes de cette aventure scientifique<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Enrichir la carte avec de nouvelles donn\u00e9es<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un avenir proche, l&rsquo;\u00e9quipe pr\u00e9voit d&rsquo;<strong>enrichir le connectome<\/strong> en y ajoutant des informations suppl\u00e9mentaires, notamment sur les <strong>neuropeptides<\/strong>, ces petites mol\u00e9cules prot\u00e9iques que les neurones utilisent pour communiquer entre eux, en compl\u00e9ment des signaux \u00e9lectriques et chimiques d\u00e9j\u00e0 cartographi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une question centrale : ce principe se retrouve-t-il chez d&rsquo;autres animaux ?<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question la plus br\u00fblante qui se pose d\u00e9sormais aux chercheurs est de savoir si ce <strong>contr\u00f4le distribu\u00e9<\/strong>, observ\u00e9 chez la drosophile, constitue une <strong>particularit\u00e9 propre aux insectes<\/strong>, ou s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un <strong>principe fondamental<\/strong> que l&rsquo;on retrouverait \u00e9galement chez d&rsquo;autres esp\u00e8ces y compris, potentiellement, chez les mammif\u00e8res et l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Wei-Chung Allen Lee \u00e9tudie d&rsquo;ailleurs d\u00e9j\u00e0 cette question chez la <strong>souris<\/strong>. Et Helen Yang exprime une intuition partag\u00e9e par plusieurs membres de l&rsquo;\u00e9quipe : <em>\u00ab Je serais surpris que ce soit propre \u00e0 la mouche. Nous n&rsquo;avons pas ce niveau de r\u00e9solution chez les autres animaux, mais nous savons qu&rsquo;ils poss\u00e8dent de nombreux circuits locaux de ce type. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alexander Bates ajoute un argument de poids en faveur de cette hypoth\u00e8se de g\u00e9n\u00e9ralisation : de nombreuses d\u00e9couvertes initialement r\u00e9alis\u00e9es chez la drosophile ont, par le pass\u00e9, \u00e9t\u00e9 <strong>transpos\u00e9es avec succ\u00e8s<\/strong> des invert\u00e9br\u00e9s aux mammif\u00e8res notamment dans des domaines aussi vari\u00e9s que la <strong>navigation spatiale<\/strong>, l&rsquo;<strong>olfaction<\/strong> (le sens de l&rsquo;odorat), et la <strong>m\u00e9moire<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Vers des organismes plus complexes<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Arie Matsliah<\/strong>, co-auteur de l&rsquo;\u00e9tude et membre du Princeton Neuroscience Institute, \u00e9voque un objectif ambitieux \u00e0 plus long terme : \u00e9tendre ce type de cartographie compl\u00e8te du connectome \u00e0 des <strong>organismes beaucoup plus complexes<\/strong>. Il souligne que les progr\u00e8s combin\u00e9s de l&rsquo;<strong>intelligence artificielle<\/strong>, de la <strong>puissance de calcul<\/strong>, et de la <strong>science collaborative ouverte<\/strong> rendent ce type de travail de plus en plus envisageable m\u00eame si le saut d&rsquo;\u00e9chelle entre 160 000 neurones et 86 milliards reste, soyons honn\u00eates, un d\u00e9fi <a href=\"https:\/\/japap.info\/latech\/2023\/chevrolet-tahoe-et-suburban-2025-nouveau-design-et-technologie-innovante\/527\/\"><i><u><b>technologique<\/b><\/u><\/i><\/a> consid\u00e9rable qui ne sera probablement pas relev\u00e9 avant de nombreuses ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des implications inattendues pour l&rsquo;intelligence artificielle<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un aspect particuli\u00e8rement fascinant de cette recherche concerne ses retomb\u00e9es potentielles pour le domaine de l&rsquo;<strong>intelligence artificielle<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quand la biologie inspire les algorithmes<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce connectome fournit des <strong>donn\u00e9es biologiques concr\u00e8tes et d\u00e9taill\u00e9es<\/strong> qui pourraient aider \u00e0 orienter la conception d&rsquo;<strong>agents artificiels<\/strong> \u00e9voluant dans des environnements virtuels, des syst\u00e8mes de plus en plus utilis\u00e9s par les chercheurs en IA pour \u00e9tudier les m\u00e9canismes de l&rsquo;intelligence et <a href=\"https:\/\/japap.info\/latech\/2023\/guide-pratique-quel-est-le-rythme-cardiaque-ideal-au-repos-ameliorer-votre-sante-avec-ces-conseils-cles\/513\/\"><i><u><b>am\u00e9liorer<\/b><\/u><\/i><\/a> les m\u00e9thodes d&rsquo;apprentissage automatique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Helen Yang formule une observation qui r\u00e9sonne particuli\u00e8rement fort dans le contexte actuel de course effr\u00e9n\u00e9e \u00e0 l&rsquo;intelligence artificielle : <em>\u00ab Ce qui me fascine toujours, c&rsquo;est tout ce que cette minuscule mouche est capable de faire ; m\u00eame nos meilleurs agents d&rsquo;IA et robots ne peuvent pas tout faire. L&rsquo;organisation du syst\u00e8me nerveux pourrait bien \u00eatre une source d&rsquo;enseignements pour l&rsquo;IA. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le contr\u00f4le distribu\u00e9 comme architecture algorithmique potentielle<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette remarque ouvre une piste de r\u00e9flexion stimulante : et si les architectures d&rsquo;intelligence artificielle actuelles souvent con\u00e7ues autour de mod\u00e8les relativement centralis\u00e9s de traitement de l&rsquo;information, gagnaient en efficacit\u00e9 en s&rsquo;inspirant de cette organisation <strong>distribu\u00e9e et modulaire<\/strong> observ\u00e9e chez la drosophile ? Plut\u00f4t que de faire transiter chaque d\u00e9cision par un point de calcul central unique, des syst\u00e8mes robotiques pourraient potentiellement b\u00e9n\u00e9ficier de modules locaux semi-autonomes, capables de g\u00e9rer eux-m\u00eames les ajustements fins et rapides n\u00e9cessaires au mouvement, tout en r\u00e9servant l&rsquo;intervention d&rsquo;un syst\u00e8me central aux d\u00e9cisions plus strat\u00e9giques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Source : <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41586-026-10735-w\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Nature<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>160 000 neurones, une mouche, et une certitude scientifique qui vient de s&rsquo;effondrer Pendant des d\u00e9cennies, les neuroscientifiques ont construit leur discipline autour d&rsquo;une intuition presque \u00e9vidente : le cerveau commande, le corps ex\u00e9cute. Une sorte de chef d&rsquo;orchestre c\u00e9r\u00e9bral qui dicterait, neurone apr\u00e8s neurone, chaque mouvement de patte, chaque battement d&rsquo;aile, chaque geste du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1047,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"powered_cache_disable_cache":false,"powered_cache_disable_lazyload":false,"powered_cache_disable_css_optimization":false,"powered_cache_disable_js_optimization":false,"powered_cache_disable_js_defer":false,"powered_cache_disable_js_delay":false,"footnotes":""},"categories":[170,14],"tags":[1022,1019,1023,1017,1016,1020,1021,1024,1025,1018],"class_list":["post-1046","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-science","category-latech","tag-circuits-neuronaux","tag-connectome","tag-controle-moteur","tag-drosophile","tag-harvard","tag-nature","tag-neurosciences","tag-princeton","tag-science-ouverte","tag-systeme-nerveux"],"desktop_mode_lock":null,"desktop_mode_contributors":[],"desktop_mode_attached_media":[1047],"amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/japap.info\/latech\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1046","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/japap.info\/latech\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/japap.info\/latech\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/japap.info\/latech\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/japap.info\/latech\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1046"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/japap.info\/latech\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1046\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1048,"href":"https:\/\/japap.info\/latech\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1046\/revisions\/1048"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/japap.info\/latech\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1047"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/japap.info\/latech\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1046"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/japap.info\/latech\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1046"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/japap.info\/latech\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1046"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}