Une nouvelle institution vient de naître au Sahel. Ce lundi 24 août 2026, Niamey a accueilli un moment que beaucoup d’observateurs attendaient depuis la création de l’Alliance des États du Sahel : l’installation officielle du Parlement confédéral, composé de 45 députés représentant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Fini les intentions et les grands discours, place désormais à une institution qui doit exister concrètement. Mais peut-elle vraiment peser, ou restera-t-elle un symbole de plus ?
Une cérémonie chargée de symboles
C’est au Centre international de conférences Mahatma Gandhi, en plein cœur de Niamey, que la cérémonie s’est déroulée. Quinze députés par pays, soit 45 parlementaires au total, ont été installés non pas par vote, mais par acclamation, sans scrutin formel. Un détail qui en dit long sur la nature encore très verticale de cette jeune confédération.
La présidence de la cérémonie revenait au Premier ministre nigérien, Lamine Zeine Ali Mahaman, représentant le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État. C’est le Dr Ousmane Bougouma, président des Sessions confédérales et président de l’Assemblée législative du peuple du Burkina Faso, qui a officiellement ouvert les travaux. Deux vice-présidences ont également été attribuées : à Malick Diaw, président du Conseil national de transition du Mali, et à Mamoudou Harouna Djingarey, président du Conseil consultatif de la Refondation du Niger.
Une audience au-delà des frontières de l’AES
Fait notable : des délégations parlementaires venues du Tchad et du Togo ont assisté à la cérémonie. Ni l’un ni l’autre n’est membre de l’AES, mais leur présence n’a rien d’anodin. Le Tchad entretient des liens sécuritaires étroits avec le Sahel central, tandis que le Togo s’est positionné comme facilitateur dans plusieurs dossiers régionaux. Un signe, peut-être, que l’AES commence à attirer au-delà de son propre cercle.
De la déclaration d’intention à l’institution
Pour bien saisir la portée de cet événement, il faut revenir un peu en arrière. Tout démarre le 16 septembre 2023, avec la signature de la Charte du Liptako-Gourma, qui donne naissance à l’Alliance des États du Sahel en pleine rupture avec la CEDEAO, que les trois pays quitteront officiellement en janvier 2024. Le 6 juillet 2024, l’alliance franchit un cap supplémentaire en devenant Confédération des États du Sahel, dotée d’un exécutif confédéral et, désormais, d’un parlement.
L’installation de ce 24 août 2026 n’est donc pas un simple événement protocolaire : elle marque le moment où la Confédération se dote enfin de l’un de ses organes les plus symboliques, celui censé porter la voix des populations.
Bien plus qu’un parlement : une architecture institutionnelle qui s’accélère
Ce qui frappe, c’est la vitesse à laquelle les trois pays construisent leurs outils communs. Le Premier ministre nigérien en a profité pour dresser un bilan des chantiers déjà engagés :
- Une force unifiée antiterroriste d’environ 5 000 hommes ;
- La Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA ;
- AES TV, basée à Bamako, une chaîne confédérale ;
- Une radio confédérale, dont le siège se trouve au Burkina Faso ;
- Une future agence d’information confédérale, en cours de création à Niamey.
Autant de briques posées en un temps record, qui montrent une volonté claire d’exister institutionnellement et médiatiquement face au reste de la région.
Quelles missions pour ces 45 députés ?
Sur le papier, les « députés confédéraux », c’est leur nouveau titre officiel, devront délibérer et émettre des avis sur les grandes questions communes à la Confédération : défense, sécurité, diplomatie, développement économique. La session inaugurale, prévue jusqu’au 29 août 2026, doit permettre de poser les bases de cette coopération parlementaire encore balbutiante.
À court terme, le Parlement devra se doter d’un règlement intérieur et organiser ses premières commissions. À moyen terme, son rôle pourrait s’étendre à la supervision des grands projets communs : défense, infrastructures, gestion des ressources en eau.
La question qui fâche : quel pouvoir réel ?
C’est là que le bât blesse. Cette assemblée a beau porter le nom de « parlement », elle ne dispose, à ce stade, d’aucun mécanisme de contrôle démocratique clairement établi, et ses compétences précises restent à définir dans les textes d’application. Ses membres n’ont pas été élus, mais désignés par les États eux-mêmes qui sont, faut-il le rappeler, des juntes militaires issues de coups d’État. Dans ce contexte, difficile de ne pas se demander si ce Parlement aura vraiment les moyens de peser face aux exécutifs nationaux, ou s’il restera une chambre essentiellement symbolique.
Le message du président burkinabè Ibrahim Traoré, lu par Ousmane Bougouma lors de la cérémonie, semblait anticiper cette critique. « L’histoire vous regarde », a-t-il lancé aux nouveaux députés, les exhortant à dépasser les clivages nationaux et à rester proches des populations. Une formule forte, mais qui devra se traduire en actes.

