Xénophobie en Afrique du Sud : le Ghana refuse l’argent de MTN

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Il y a des refus qui parlent plus fort que n’importe quel discours. La semaine passée, le gouvernement ghanéen a dit non à près de deux millions de dollars. Pas par orgueil gratuit, mais parce qu’accepter cet argent, venu d’une entreprise sud-africaine, aurait presque eu le goût d’une réparation acceptée sans qu’on ait réglé le vrai problème : des Ghanéens continuent de fuir l’Afrique du Sud pour sauver leur peau.

Un geste qui claque comme un symbole

Le gouvernement ghanéen a décliné une offre de 20 millions de GH¢, soit environ 1,8 million de dollars, proposée par MTN Ghana pour soutenir les ressortissants touchés par les récentes violences xénophobes en Afrique du Sud. La raison officielle avancée par Accra est presque désarmante de sobriété : le pays affirme disposer des ressources nécessaires pour financer lui-même les opérations d’évacuation et l’accompagnement des personnes rapatriées.

Le coût total de l’opération n’a pas encore été rendu public, le gouvernement promettant de communiquer ce chiffre une fois le dispositif achevé. Mais au-delà de la question purement financière, ce refus a une portée symbolique qu’il serait dommage de sous-estimer : c’est un État africain qui choisit de porter seul le poids de la protection de ses citoyens, plutôt que de s’appuyer sur la générosité d’une multinationale, fût-elle télécom et sud-africaine.

Comment on en est arrivé là

Pour comprendre l’ampleur de ce que vivent ces ressortissants, il faut revenir un peu en arrière. Depuis plusieurs mois, l’Afrique du Sud est traversée par une vague de violences xénophobes qui ne faiblit pas. Des marches anti-étrangers se multiplient, les agressions aussi, et les townships ainsi que les quartiers informels sont devenus le théâtre récurrent de ces attaques.

Le déclic médiatique est venu d’une vidéo devenue virale, montrant un Ghanéen se faire violemment agresser en pleine rue. Cette séquence, partagée des millions de fois, a déclenché une véritable onde de choc, poussant le Ghana et le Nigeria à convoquer, en signe de protestation, les ambassadeurs sud-africains pour exiger l’arrêt immédiat des violences.

Pourtant, et c’est un point qui alimente une bonne partie de la colère sur le continent, les autorités sud-africaines elles-mêmes refusent d’employer le mot « xénophobie » pour qualifier ces attaques. Une posture qui, pour beaucoup d’observateurs, relève davantage du déni que de la nuance sémantique.

Des chiffres qui donnent le vertige

Pour mesurer l’ampleur du phénomène, quelques données récentes suffisent à donner le vertige :

  • 2 745 étrangers rapatriés par l’Afrique du Sud en une seule semaine, après la promesse du président Cyril Ramaphosa de durcir la lutte contre l’immigration illégale.
  • Au moins cinq Éthiopiens tués lors des premières vagues d’attaques.
  • Cinq Mozambicains morts rien qu’à Mossel Bay.
  • Des vagues successives de rapatriements organisés touchant le Nigeria, le Ghana, le Malawi, le Mozambique, le Zimbabwe et la RDC.

Ce ne sont pas des chiffres isolés. Ils dessinent un pays où la peur pousse, semaine après semaine, des milliers de personnes à tout abandonner pour rentrer chez elles.

Le témoignage qui résume tout

Parmi les récits recueillis lors des vols de rapatriement, celui d’un jeune Ghanéen a particulièrement marqué les esprits. Il avait installé son salon de coiffure dans un conteneur de quarante pieds, un modèle économique modeste mais viable, comme tant d’entrepreneurs africains en construisent loin de chez eux. Le conteneur a été cambriolé une première fois. Puis, lorsque les attaques xénophobes se sont intensifiées, il a été forcé et entièrement pillé. Après avoir tenté sans succès de vendre ce qu’il lui restait, l’homme a fini par fuir, résumant sa décision avec une formule d’une simplicité désarmante : tant qu’on reste en vie, on garde l’essentiel.

C’est cette histoire, multipliée par des milliers d’autres anonymes, qui donne tout son sens au refus gouvernemental d’accepter l’aide de MTN. Ce n’est pas une question de fierté mal placée. C’est la reconnaissance qu’aucune compensation financière, aussi généreuse soit-elle, ne répare la perte d’un commerce bâti à la sueur du front, ni la peur ressentie en pleine rue.

Une crise qui interroge la solidarité panafricaine

Ce qui rend cette crise particulièrement douloureuse, c’est qu’elle se joue entre pays africains. Ce ne sont pas des puissances étrangères qui chassent ces travailleurs, ce sont d’autres Africains, dans un pays lui-même construit sur les cendres de l’apartheid et l’idéal d’une nation arc-en-ciel.

Le protocole de l’Union africaine relatif à la libre circulation des personnes, adopté pourtant dès 2018, n’a été ratifié que par une poignée d’États et l’Afrique du Sud n’en fait toujours pas partie. Tant que cet engagement restera lettre morte, les crises xénophobes continueront probablement à fragiliser des relations diplomatiques déjà tendues entre Pretoria et ses voisins du continent.

Des voix se sont également élevées au niveau international. Des responsables des Nations Unies ont dénoncé une trahison de l’héritage de liberté du pays, tout en soulignant le rôle central que jouent la pauvreté et les inégalités dans l’exacerbation de ces tensions envers les migrants et réfugiés.

La solidarité ne se décrète pas, elle se construit

Ce qui frappe le plus dans cette affaire, ce n’est pas tant le refus de l’argent de MTN, un choix que je trouve d’ailleurs cohérent et digne. C’est plutôt le silence assourdissant autour de la vraie question : pourquoi l’Afrique, continent qui parle sans cesse d’unité et de panafricanisme dans ses discours officiels, peine-t-elle autant à faire respecter, dans les faits, la libre circulation de ses propres enfants ? On célèbre l’idée d’un continent uni sur les estrades des sommets, mais sur le terrain, dans les townships, cette unité s’effondre au premier coup de machette économique. Il y a là une contradiction qu’aucun communiqué diplomatique ne pourra masquer éternellement.

Et vous, qu’en pensez-vous ? La solidarité africaine est-elle une réalité concrète ou seulement un slogan de sommet ? Le refus du Ghana d’accepter l’aide de MTN était-il, selon vous, le bon choix ? Dites-nous tout en commentaire.

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