« Dès que l’avion décolle, j’ai l’impression de tout perdre »
Laure (25 ans, prénom d’emprunt) ne compte plus les vols passés à pincer nerveusement le bras de son frère. « Prendre l’avion est un véritable cauchemar pour moi », confie-t-elle. Pendant tout le trajet, elle reste en état d’alerte maximale, l’œil rivé sur le hublot pour vérifier que « tout va bien ».
- « Dès que l’avion décolle, j’ai l’impression de tout perdre »
- Une peur qui touche bien plus de monde qu’on ne le pense
- D’où vient cette peur, au juste ?
- Un mauvais souvenir ne suffit pas à tout expliquer
- Le vrai coupable : la sensibilité à l’anxiété
- Le besoin de contrôle, un facteur clé
- Pourquoi la peur persiste malgré des statistiques rassurantes
- Les mauvais réflexes qui entretiennent la peur
- Comment s’attaquer réellement à cette peur ?
- 1. Comprendre ce qui vous fait réellement peur
- 2. Ne pas imaginer le pire scénario
- 3. Apprendre ce que sont les turbulences
- 4. Respirer lentement pendant les moments difficiles
- 5. Arrêter de surveiller chaque bruit
- 6. Choisir une place qui vous rassure
- 7. Éviter d’arriver stressé à l’aéroport
- 8. Faites progressivement la paix avec l’avion
- 9. Faites savoir au personnel que vous êtes anxieux
- 10. Ne cherchez pas à supprimer totalement la peur
- 11. Quand demander de l’aide ?
- Le plus important : reprendre confiance, étape par étape
Elle est loin d’être seule dans ce cas. Rien qu’en Belgique, les aéroports ont accueilli près de 36,4 millions de voyageurs l’an dernier. Pour la majorité, embarquer rime avec vacances et détente. Pour d’autres, c’est une épreuve redoutée des semaines à l’avance.
Une peur qui touche bien plus de monde qu’on ne le pense
Impossible de la réduire à un simple caprice ou à un excès de nervosité passager : l’aviophobie, ou peur pathologique de l’avion, concerne une part considérable de la population mondiale. Selon l’Association internationale du transport aérien (IATA), environ 20 % des voyageurs ressentent une anxiété plus ou moins marquée face au vol, et une frange d’entre eux développe une véritable phobie clinique.
Les manifestations varient énormément d’une personne à l’autre :
- Mains moites et souffle court au décollage, pour les cas les plus légers.
- Vigilance permanente et rituels de vérification pendant tout le vol.
- Évitement complet de l’avion, quitte à renoncer à des voyages importants.
D’où vient cette peur, au juste ?
Bonne nouvelle : la science s’est penchée sérieusement sur la question, et les réponses sont plus nuancées qu’il n’y paraît.
Un mauvais souvenir ne suffit pas à tout expliquer
Anouk Vanden Bogaerde, professeure de thérapie comportementale à la VUB (Vrije Universiteit Brussel), rappelle que la peur de l’avion est souvent associée à une expérience négative vécue par le passé, comme un atterrissage d’urgence ou de fortes turbulences.
Sauf que cette explication a ses limites. Le nombre d’incidents réels est bien trop faible pour justifier qu’une personne sur cinq redoute de voler. Plus surprenant encore : les recherches montrent que les personnes qui n’ont pas peur de l’avion rapportent parfois avoir vécu plus d’incidents que les phobiques, même à nombre de vols égal.
Le vrai coupable : la sensibilité à l’anxiété
Le facteur déterminant, selon la chercheuse, se situe ailleurs : dans une sensibilité à l’anxiété exacerbée. Concrètement, certaines personnes interprètent instantanément leurs sensations physiques (cœur qui s’accélère, respiration courte) comme le signe d’un danger imminent. Ce réflexe, banal en soi, se retrouve amplifié en avion et alimente un cercle vicieux : plus on ressent de symptômes physiques, plus on les associe au vol lui-même.
À cela s’ajoute un phénomène purement physiologique : en cabine pressurisée, chacun connaît une légère baisse de la saturation en oxygène. Une sensation généralement anodine, mais que les personnes anxieuses perçoivent plus vite et interprètent comme menaçante.
Le besoin de contrôle, un facteur clé
Autre ingrédient souvent négligé : le besoin de contrôle. En voiture, on tient le volant. En avion, il faut simplement s’asseoir et faire confiance à un pilote qu’on ne voit jamais. Pour beaucoup de phobiques, cette absence totale de prise sur la situation constitue le nœud du problème.
C’est exactement ce que décrit Laure : « Je ne vois pas où nous volons. La seule chose que je peux faire, c’est regarder par un petit hublot. » Elle ajoute craindre la violence d’un éventuel accident à une telle altitude, une peur renforcée par son vertige et, plus étonnamment, par une phobie des requins qui la rend anxieuse dès qu’elle survole la mer.
Pourquoi la peur persiste malgré des statistiques rassurantes
Voici un paradoxe qui mérite d’être souligné : l’avion reste, chiffres à l’appui, l’un des moyens de transport les plus sûrs au monde. Rapporté au nombre de kilomètres parcourus, il devance largement la voiture. Pourtant, cette réalité statistique ne suffit presque jamais à calmer une personne phobique.
La raison est simple : les accidents d’avion, bien que rarissimes, bénéficient d’une surexposition médiatique sans commune mesure avec les accidents de la route, pourtant bien plus fréquents. Résultat, notre cerveau retient l’image spectaculaire plutôt que la statistique froide.
Les mauvais réflexes qui entretiennent la peur
Face à l’angoisse, la tentation est grande de chercher des béquilles : jouer sur son téléphone, boire un verre d’alcool, ne voyager qu’avec une compagnie aérienne « de confiance ». Ces stratégies, bien compréhensibles, ont pourtant un effet pervers.
« Il s’agit d’un comportement d’évitement qui ne fait qu’aggraver la peur de l’avion », prévient Vanden Bogaerde. En clair, ces béquilles envoient au cerveau un message contre-productif : vous ne pouvez voler qu’à condition d’avoir cette distraction, jamais parce que l’avion est fondamentalement sûr.
Comment s’attaquer réellement à cette peur ?
S’exposer, tout simplement. C’est la piste privilégiée par les spécialistes, même si l’idée peut sembler effrayante pour la personne concernée. Des vols, aller-retour, ponctués d’exercices destinés à tester les limites du corps et à progressivement apprivoiser la peur.
Selon Peeters, l’intensité de la peur diminue naturellement à mesure que le cerveau apprend, vol après vol sans distraction, qu’il est possible de voler en toute sécurité et donc de relâcher un peu la garde.
1. Comprendre ce qui vous fait réellement peur
Avant de combattre votre peur, essayez de l’identifier.
Avez-vous peur du décollage ? Des turbulences ? De perdre le contrôle ? D’être enfermé dans l’avion ? D’avoir une crise de panique ? Ou imaginez-vous constamment un accident ?
Mettre des mots sur votre peur permet déjà de la rendre moins mystérieuse. Vous pouvez même écrire vos principales inquiétudes sur une feuille et les examiner une par une.
2. Ne pas imaginer le pire scénario
Lorsque nous avons peur, notre cerveau peut transformer une petite sensation en catastrophe.
Une turbulence devient alors : « L’avion va tomber. »
Un bruit inhabituel devient : « Quelque chose ne va pas. »
Une sensation pendant le décollage devient : « Nous avons un problème. »
Essayez de remplacer ces pensées automatiques par une phrase plus réaliste :
« Je ressens de la peur, mais cela ne signifie pas que je suis en danger. »
Cette distinction entre peur et danger réel est essentielle.
3. Apprendre ce que sont les turbulences
Les turbulences sont l’une des principales causes de stress chez les passagers. Pourtant, elles peuvent être comparées à des irrégularités rencontrées par une voiture sur une route.
L’avion peut bouger, monter ou descendre légèrement, ce qui peut être impressionnant, mais le mouvement ressenti ne signifie pas automatiquement que l’avion est en train de perdre le contrôle.
Lorsque vous comprenez ce qui se passe, le cerveau a moins de raisons d’inventer des scénarios catastrophiques.
4. Respirer lentement pendant les moments difficiles
La peur accélère souvent la respiration et le rythme cardiaque. Cette réaction peut ensuite augmenter encore davantage l’impression de danger.
Essayez une respiration simple :
- inspirez doucement pendant 4 secondes ;
- retenez votre respiration pendant 2 secondes ;
- expirez lentement pendant 6 secondes ;
- répétez plusieurs fois.
Le but n’est pas de forcer la respiration, mais de ralentir progressivement votre rythme.
5. Arrêter de surveiller chaque bruit
Lorsque l’on a peur, on devient particulièrement attentif au moindre son.
« Pourquoi le moteur fait-il ce bruit ? »
« Pourquoi l’avion vient-il de bouger ? »
« Pourquoi les ailes bougent-elles ? »
Cette surveillance permanente entretient l’anxiété.
Plus votre attention quitte l’avion, moins votre cerveau nourrit la peur.
6. Choisir une place qui vous rassure
Certaines personnes se sentent mieux près du couloir, car elles ont l’impression d’avoir davantage d’espace et de liberté.
D’autres préfèrent une place située vers les ailes, où les mouvements de l’avion peuvent être moins perceptibles.
Il n’existe pas une place parfaite pour tout le monde. Choisissez simplement l’endroit qui vous donne le plus de tranquillité.
7. Éviter d’arriver stressé à l’aéroport
Une partie de l’anxiété commence parfois avant même de monter dans l’avion.
Pour éviter cela, préparez votre voyage à l’avance :
- faites vos bagages suffisamment tôt ;
- vérifiez vos documents ;
- arrivez avec une marge de temps raisonnable ;
- évitez de courir dans l’aéroport ;
- gardez vos affaires importantes facilement accessibles.
Moins vous êtes pressé, moins votre cerveau a de raisons de se mettre en état d’alerte.
8. Faites progressivement la paix avec l’avion
Éviter complètement l’avion peut parfois renforcer la peur.
Une meilleure approche consiste à avancer progressivement. Vous pouvez commencer par regarder des vidéos expliquant le fonctionnement d’un avion, visiter un aéroport, accompagner quelqu’un qui voyage ou effectuer plus tard un trajet relativement court.
L’objectif est d’apprendre à votre cerveau :
« Je peux être dans un avion et rester calme. »
Chaque expérience positive peut contribuer à renforcer cette confiance.
9. Faites savoir au personnel que vous êtes anxieux
Vous n’avez aucune raison d’avoir honte de votre peur.
Au moment de monter à bord, vous pouvez simplement dire à un membre de l’équipage :
« Je suis assez anxieux lorsque je prends l’avion. »
Le personnel navigant est habitué à rencontrer des passagers stressés et peut parfois vous rassurer ou vous expliquer ce qui se passe.
10. Ne cherchez pas à supprimer totalement la peur
C’est peut-être le conseil le plus important.
Si vous montez dans l’avion en vous disant « Je ne dois absolument pas avoir peur », chaque petite sensation d’anxiété peut vous sembler être un échec.
Essayez plutôt :
« Même si je ressens de la peur, je peux continuer mon voyage. »
Le courage ne signifie pas ne jamais avoir peur. Il signifie parfois faire quelque chose malgré la peur.
11. Quand demander de l’aide ?
Si votre peur est tellement forte qu’elle vous empêche de voyager, provoque des crises de panique importantes ou vous pousse à éviter systématiquement certaines situations, parler à un professionnel de santé mentale peut être une excellente idée.
Des approches psychologiques, notamment les thérapies cognitivo-comportementales et l’exposition progressive, peuvent aider certaines personnes à mieux gérer leurs peurs.
Ne vous auto-médiquez pas pour prendre l’avion : si vous pensez avoir besoin d’un médicament contre l’anxiété, parlez-en à un professionnel de santé.
Le plus important : reprendre confiance, étape par étape
La peur de l’avion ne disparaît pas nécessairement en une seule journée. Pour certaines personnes, il faut plusieurs voyages avant de retrouver une véritable tranquillité.
Commencez petit. Respirez. Informez-vous. Acceptez que quelques sensations désagréables puissent apparaître sans leur donner immédiatement une signification catastrophique.
Vous n’avez pas besoin de devenir totalement insensible pour voyager sereinement. Vous avez simplement besoin d’apprendre que la peur peut être présente sans diriger vos décisions.
Et vous, avez-vous déjà ressenti cette peur en avion ? Avez-vous trouvé une méthode qui vous aide à mieux la gérer ? Partagez votre expérience en commentaire.

