Renforcement de la coopération policière entre l’Éthiopie et les Émirats arabes unis
Une délégation de haut niveau menée par le lieutenant-colonel Abdullah Mohammed, chef des enquêteurs judiciaires de la police de Dubaï, s’est récemment rendue à Addis-Abeba pour rencontrer le commissaire général de la police fédérale éthiopienne, Demelash Gebremichael. Ces échanges s’inscrivent dans le cadre d’un effort bilatéral visant à intensifier la coopération en matière de justice pénale et de sécurité transnationale.
🔍 Objectifs de la rencontre : Coopérer pour traquer les criminels réfugiés
Selon les autorités éthiopiennes, les discussions ont porté sur la poursuite de suspects qui, après avoir commis des actes criminels à Dubaï, se seraient réfugiés en Éthiopie. M. Demelash a réaffirmé la volonté de son institution de coopérer activement pour :
- Lancer ou poursuivre des enquêtes conjointes
- Extradez les ressortissants de l’un des deux pays suspectés de délits dans l’autre
- Échanger des renseignements et des compétences techniques
Pour donner un exemple concret : un individu accusé de cyberfraude à Dubaï et qui se serait établi à Addis-Abeba pourrait désormais être plus facilement interpellé grâce à une collaboration judiciaire renforcée.
🤝 Vers une équipe d’enquête conjointe
L’une des propositions phares de cette réunion fut la création d’une équipe conjointe d’enquête criminelle. En somme, une sorte de task force transnationale constituée d’agents des deux pays, qui travaillerait sur des dossiers complexes impliquant des individus ou des réseaux opérant au-delà des frontières habituelles de compétence juridique.
Le lieutenant-colonel Abdullah Mohammed a aussi proposé que des enquêteurs de la police fédérale éthiopienne soient invités à Dubaï pour des missions de coopération plus approfondies. Cette initiative vise à créer un pont opérationnel entre les deux services d’enquête, facilitant le transfert de connaissances pratiques.
📜 Un cadre législatif en expansion
Cette collaboration s’appuie sur un accord d’extradition et de coopération pénale entre les deux États, adopté par le parlement éthiopien en mai 2023. Cet accord, initialement soumis par le Conseil des ministres en janvier, vise à établir une base légale formelle pour :
- L’extradition de personnes recherchées
- Le renforcement de l’État de droit
- La lutte contre l’impunité transfrontalière
Toutefois, cet accord ne fait pas l’unanimité. Certains membres du parlement, comme Desalegn Chane du Mouvement national amhara (NaMA), ont exprimé leurs craintes. D’après lui, ce traité pourrait ouvrir la voie à des violations potentielles des droits de l’homme, notamment en facilitant l’extradition de citoyens critiques à l’égard du gouvernement actuel.
📚 Formation spécialisée et transfert de compétences
La coopération ne se limite pas aux seuls aspects judiciaires. En janvier 2024, des experts du ministère de l’Intérieur émirien, en partenariat avec la police de Dubaï, ont dispensé une série de formations spécialisées à la police fédérale éthiopienne dans des domaines critiques comme :
- La protection rapprochée de personnalités (VIP protection)
- La réponse en situation d’urgence
- Les enquêtes liées au terrorisme et à la cybercriminalité
Par exemple, dans le cadre de la cybersécurité, ces formations permettent à des officiers éthiopiens de mieux traquer les fraudes numériques et les opérations de blanchiment d’argent dématérialisées, autant d’enjeux stratégiques dans une région de plus en plus ciblée par des groupes criminels organisés.
🔮 Enjeux et perspectives
Cette alliance croissante entre l’Éthiopie et les Émirats arabes unis s’inscrit dans un contexte d’élargissement de la coopération sécuritaire Sud-Sud. Elle pourrait, à terme, déboucher sur un partenariat plus global, incluant la sécurisation des corridors économiques, la lutte contre le trafic de migrants et la prévention des flux financiers illicites.
Cela étant dit, cette collaboration, bien qu’ambitieuse, doit encore prouver sa transparence et son respect des standards internationaux de justice équitable. Des garde-fous sont nécessaires pour éviter tout dérapage judiciaire ou instrumentalisation politique des mécanismes d’extradition.