Jeudi 5 novembre 2026 Flash
Se connecter
Scroller aux toilettes : l'habitude anodine qui malmène votre corps
Santé

Scroller aux toilettes : l’habitude anodine qui malmène votre corps

Le plus grand danger qui guette votre salle de bain n’est peut-être ni les microbes qui traînent sur le sol, ni le carrelage glissant sous la douche. Il tient dans votre poche, et vous l’emmenez avec vous à chaque passage aux toilettes.

Pour une part grandissante d’entre nous, les toilettes sont devenues une salle de lecture improvisée. On y consulte ses messages, on regarde une vidéo, on fait défiler des photos ou un fil d’actualité, parfois bien après que le corps ait fini ce pour quoi il était venu. Un geste qui paraît totalement inoffensif, mais qui, selon plusieurs travaux scientifiques récents, ne l’est pas tant que ça.

Le vrai problème, ce n’est pas l’écran : c’est le chronomètre

Rester assis trop longtemps n’est jamais idéal pour l’organisme, mais la cuvette des toilettes aggrave un point précis que la chaise de bureau ne pose pas : elle prive de tout appui les tissus les plus fragiles du corps au moment où ils en ont le plus besoin.

Sur une chaise classique, le poids du corps se répartit sur une large surface, entre les fesses et les cuisses. Sur la cuvette, l’ouverture centrale laisse le périnée, l’anus et le bas du rectum suspendus dans le vide, littéralement tirés vers le bas par la gravité. Les muscles du plancher pelvien se relâchent, les petits vaisseaux sanguins de la zone se compriment, et l’ensemble du système est mis à rude épreuve, surtout si la position se prolonge.

La médecine recommande généralement de ne pas dépasser 2 à 5 minutes assis sur les toilettes. Au-delà, le risque de complications comme les hémorroïdes, les fissures anales ou une simple constipation aggravée augmente sensiblement.

Ce que confirme la science : une étude qui donne raison aux soupçons

Jusqu’ici, le lien entre téléphone et problèmes aux toilettes relevait surtout de l’anecdote et du bon sens. Une étude publiée en septembre 2025 dans la revue scientifique PLOS One, menée par une équipe du Beth Israel Deaconess Medical Center (rattaché à Harvard Medical School) à Boston, a changé la donne en apportant des données chiffrées.

Les chercheurs ont interrogé 125 adultes venus pour une coloscopie de dépistage, en croisant leurs habitudes de téléphone aux toilettes avec la présence réelle d’hémorroïdes, constatée directement par endoscopie. Les résultats, résumés ci-dessous, sont sans appel.

Indicateur mesuréRésultat de l’étude
Risque d’hémorroïdes chez les utilisateurs de téléphone+ 46 % par rapport aux non-utilisateurs
Utilisateurs restant plus de 5 minutes aux toilettes37,3 % (contre 7,1 % chez les non-utilisateurs)
Activité la plus fréquente sur le téléphoneLecture d’actualités (54,3 %)
Deuxième activité la plus fréquenteRéseaux sociaux (44,4 %)

Fait notable : le risque accru de 46 % a été calculé après ajustement de facteurs comme l’âge, le sexe, la corpulence, l’activité physique et l’apport en fibres. Autrement dit, le téléphone ressort comme un facteur à part entière, indépendant du mode de vie général de la personne.

Le nid à microbes que vous ramenez ensuite dans votre poche

Le corps n’est pas la seule victime de cette habitude : le téléphone lui-même en paie le prix, et vous le récupérez ensuite pour l’emmener partout, y compris à table.

Des chercheurs estoniens ont dénombré en moyenne plus de 17 000 bactéries sur l’écran d’un smartphone, soit environ dix fois plus que sur une cuvette de toilettes. Un constat corroboré par un rapport de l’université de l’Arizona, qui arrive à une estimation comparable.

Parmi les bactéries les plus fréquemment retrouvées figurent des bactéries fécales comme Escherichia coli, ainsi que des staphylocoques susceptibles de coloniser la peau. Le simple fait de tirer la chasse d’eau avec le téléphone en main peut suffire à projeter des micro-gouttelettes chargées de germes directement sur l’écran, un phénomène connu sous le nom d’aérosolisation.

Cou, yeux, pouces : les dégâts silencieux qu’on oublie de mentionner

La nuque penchée en permanence

Regarder un écran vers le bas pendant de longues minutes sollicite fortement les vertèbres cervicales. Ce phénomène, parfois surnommé « cou du texto », pourrait favoriser des tensions musculaires et des douleurs chroniques au niveau du cou et des épaules à force de répétition.

Les yeux mis à rude épreuve

Fixer un écran de près, souvent dans une pièce à l’éclairage peu adapté, favorise la fatigue oculaire numérique : picotements, vision trouble passagère, maux de tête. Ce n’est pas spécifique aux toilettes, mais la position statique et prolongée n’arrange rien.

Le pouce, grand oublié

Faire défiler des photos ou un fil d’actualité pendant plusieurs minutes chaque jour sollicite de façon répétitive le tendon du pouce. À long terme, ce geste peut contribuer à des douleurs proches de celles observées dans la ténosynovite de De Quervain, une inflammation des tendons du poignet et du pouce déjà bien documentée chez les grands utilisateurs de smartphone.

Les signaux qui doivent vous pousser à consulter

Comment reprendre le contrôle : 5 gestes simples à adopter

  • Laissez le téléphone hors de la salle de bain. C’est la mesure la plus radicale, mais aussi la plus efficace : sans écran, difficile de perdre la notion du temps.
  • Fixez-vous une limite mentale de 5 minutes. Si rien ne se passe passé ce délai, mieux vaut se relever et revenir plus tard.
  • Surélevez vos pieds avec un petit tabouret. Cela rapproche la posture de la position accroupie, plus naturelle pour aller à la selle, et facilite l’évacuation.
  • Soignez votre apport en fibres et en eau. Environ 25 à 30 grammes de fibres par jour et 1,5 à 2 litres d’eau aident à obtenir des selles plus faciles à évacuer, donc des passages plus courts.
  • Nettoyez régulièrement votre téléphone, surtout s’il vous accompagne encore aux toilettes. Une lingette désinfectante adaptée à l’écran suffit, à raison de quelques fois par semaine.

Source : PLOS One