Burkina Faso : fin des collectes numériques, l’État lance Dɛmɛ Sira pour encadrer la solidarité

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Burkina Faso : pourquoi l’État interdit les collectes sur les réseaux sociaux et lance Dɛmɛ Sira

Le Burkina Faso vient de mettre un cadre strict à l’aide humanitaire privée. Dans un communiqué du 7 juillet 2026, le ministère de la Famille et de la Solidarité annonce la fin des « dérives numériques » : plus de collectes spontanées en ligne sans autorisation, surtout lorsque elles tournent la misère en spectacle.

L’objectif est simple, mais les enjeux sont lourds : protéger la dignité des personnes vulnérables, éviter le « show de la misère », et garantir que la solidarité reste transparente, traçable et professionelle.

Qu’est-ce qui change pour les citoyens et les influenceurs ?

Collectes non autorisées : désormais interdites

Conformément au décret adopté le 2 juillet 2026 :

  • Tout appel public à la solidarité (sur Facebook, TikTok, WhatsApp, etc.)
  • Toute collecte de ressources en faveur de personnes vulnérables doit être autorisé préalablement par le ministère de la Famille et de la Solidarité.

Cela concerne explicitement :

  • les influenceurs et blogueurs,
  • les créateurs de contenu,
  • et toute personne ou groupe qui lance une collecte en ligne, même « pour une bonne cause ».

Sans autorisation, l’appel ou la collecte est considéré comme irrégulier et ses auteurs peuvent être sanctionnés selon les textes en vigueur.

Pourquoi cette interdiction ?

Le ministère pointe plusieurs problèmes :

  • Le « show de la misère » : filmer des personnes en situation de détresse, montrer leurs larmes, leurs maisons détruites, puis les associer à des dons, comme dans un spectacle.
  • Images et vidéos dégradantes : utilisation d’images qui violent la vie privée, exposent les bénéficiaires sans leur consentement, et peuvent les stigmatiser.
  • Collectes non contrôlées : absence de transparence sur l’usage des fonds, risques de détournement, ou d’aide qui ne suit pas les besoins prioritaires définis par l’État.

En résumé : la générosité est saluée, mais elle doit passer par un canal organisé, pour ne pas nuire aux personnes aidées.

La plateforme nationale « Dɛmɛ Sira » : la nouvelle voie de la solidarité

Pour « canaliser » cette générosité, le gouvernement propose un outil officiel : Dɛmɛ Sira, qui signifie « la voie de la solidarité ».

Ce que fait Dɛmɛ Sira

Accessible via http://solidarite.gov.bf, la plateforme permet : de soutenir des actions sociales et humanitaires officielles, de contribuer financièrement ou en biens, de suivre comment les ressources sont utilisées (traçabilité), et de bénéficier d’un accompagnement professionnel par les services sociaux du ministère.

En pratique :

Imaginez que tu veux aider des familles déplacées dans ta région.

Avant la nouvelle règle :

Tu films une famille, tu montres leurs enfants, leurs maisons abîmées, tu lance un appel « Mettez 1000 FCFA pour eux » sur TikTok. Problèmes :

  • La famille est exposée sans consentement clair.
  • Les fonds ne sont pas contrôlés.
  • Cela peut créer un « show » autour de leur détresse.

Avec Dɛmɛ Sira :

Tu vas sur la plateforme, tu choisis un projet officiel (ex. : « Aide aux familles déplacées de la province X »). Tu contribue directement, et tu peux voir :

  • combien de personnes sont aidées,
  • comment les fonds sont utilisés (nourriture, santé, éducation, etc.),
  • et que l’aide est distribuée dans le respect de la dignité.

C’est la logique du décret : solidarité, mais dans un cadre organisé, transparent et respectueux.

Le décret humanitaire : les grandes règles en quelques points

Le décret du 2 juillet 2026 ne touche pas seulement aux collectes en ligne. Il pose plusieurs principes forts :

  1. Accréditation obligatoire pour les organisations humanitaires. Cela permet à l’État de contrôler : où elles interviennent, comment elles sont réparties sur le territoire.
  2. 60% des financements doivent aller au relèvement précoce et à l’autonomisation. L’idée : réduire la dépendance à l’aide prolongée. Exemple : au lieu de donner juste de la nourriture, on investit dans : des activités génératrices de revenus, de la formation, de l’accès à l’eau ou à des outils agricoles.
  3. Interdiction d’exposer les images des personnes vulnérables à côté des dons. On ne peut plus montrer une personne en train de recevoir un don comme une « preuve » publique.
  4. Principe « consommons local ». Les dons (nourriture, biens) doivent être achetés prioritairement sur le marché local, pour soutenir l’économie nationale.

Pourquoi tout cela est important, même pour les donateurs

Ce débat n’est pas seulement « administratif ». Il touche :

  • La dignité des personnes : Une personne déplacée, un enfant mal nourri, ce n’est pas un contenu pour booster des vues.
  • La confiance dans l’aide : Quand les gens savent que les fonds sont traçables, ils sont plus prêts à donner.
  • L’efficacité de l’action humanitaire : Une aide qui autonomie plutôt que de créer une dépendance longue est plus durable.

De plus, le Burkina Faso fait face à une crise humanitaire massive : en 2026, le plan national de réponse humanitaire vise 4,4 millions de personnes avec une enveloppe de 769,8 milliards de FCFA. Dans ce contexte, mal encadrer les collectes privées peut créer des trous dans la raquette, des doublons, ou des aides qui ne touchent pas les plus urgents.

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