À un an tout juste du coup d’envoi de la CAN organisée par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, la Confédération africaine de football (CAF) vient de vivre l’une des séquences les plus embarrassantes de son histoire récente. En l’espace de quelques jours, Patrice Motsepe a annoncé un élargissement historique à 28 équipes… avant de faire machine arrière. Décryptage d’un épisode qui en dit long sur la gouvernance du football continental.
- Un mercredi de juillet qui devait marquer l’histoire
- Le rétropédalage : 24 équipes, finalement, pour 2027
- Pourquoi un tel couac ?
- Ce qui ne change pas : la CAN féminine et le calendrier des qualifications
- Rendez-vous en 2028 pour la révolution à 28
- Et la CAN 2027, dans tout ça ?
- Ce que ça change pour joueurs, clubs et fédérations
Un mercredi de juillet qui devait marquer l’histoire
Retour en arrière. Ce mercredi 22 juillet 2026, à Johannesburg, Patrice Motsepe monte à la tribune devant la presse. Le président de la CAF a le sourire de celui qui s’apprête à annoncer une réforme majeure : « Nous avons augmenté le nombre de participants à la prochaine édition de la CAN », déclare-t-il, mettant fin à des mois de rumeurs.
Le message est limpide : la Coupe d’Afrique des Nations 2027 passera de 24 à 28 sélections. Sept poules de quatre équipes au lieu de six. Un tableau final élargi. Et, dans la foulée, une série d’annonces complémentaires qui font grand bruit :
- Doublement de la prime de la CAN féminine 2026 (2 millions de dollars pour la championne, contre 1 million auparavant).
- Passage à une CAN tous les quatre ans à partir de 2028, contre tous les deux ans jusqu’ici.
- Un calendrier de qualifications resserré sur trois fenêtres internationales.
Sur les réseaux et dans la presse sportive, l’info fait le tour du continent en quelques heures. Beaucoup y voient la marque de fabrique d’un président qui veut, disait-on, moderniser à marche forcée le football africain.
Le rétropédalage : 24 équipes, finalement, pour 2027
Sauf que l’histoire ne s’arrête pas là. Deux jours plus tard, coup de théâtre : la CAF convoque à nouveau la presse pour « clarifier » les choses. Patrice Motsepe reprend la parole, cette fois pour annoncer l’inverse de ce qu’il venait de confirmer.
« La TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations 2027 réunira 24 équipes nationales », tranche-t-il, mettant un terme à plusieurs jours de flou total.
Concrètement, voici ce qu’il faut retenir de ce revirement :
- La CAN 2027, au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, se jouera bien avec le format actuel à 24 équipes : six groupes de quatre, comme lors des précédentes éditions.
- L’élargissement à 28 équipes est repoussé à la CAN 2028, la première édition du nouveau cycle quadriennal.
- Les autres annonces (prime féminine doublée, calendrier des qualifications) restent, elles, d’actualité.
Autrement dit : ce n’est pas l’ambition qui a changé, c’est le calendrier. La CAF a visiblement voulu aller trop vite, avant de reculer face aux réalités du terrain.
Pourquoi un tel couac ?
Difficile d’avoir une explication officielle et détaillée de la part de la CAF, qui n’a pas vraiment communiqué sur les raisons de ce revirement. Mais plusieurs hypothèses circulent du côté des observateurs du football africain :
La piste logistique. Organiser une CAN à 28 équipes suppose des infrastructures suffisantes : stades, terrains d’entraînement homologués, capacités hôtelières, transports. Or des inquiétudes persistantes circulaient déjà sur l’avancement des chantiers au Kenya. Ajouter quatre équipes supplémentaires à un an du coup d’envoi aurait peut-être été un pari trop risqué.
La piste du calendrier. Les qualifications pour la CAN 2027 avaient déjà été calées sur trois fenêtres internationales, de septembre 2026 à mars 2027. Refondre ce format en pleine campagne éliminatoire aurait pu créer une pagaille difficile à gérer pour les 54 fédérations membres.
La piste politique. Certains y voient aussi la marque d’une gouvernance qui communique parfois plus vite qu’elle ne décide, une annonce faite dans l’euphorie d’une conférence de presse, avant que le Comité exécutif ne recadre le tir.
Quoi qu’il en soit, l’épisode laisse une image un peu brouillée, à un moment où la CAF cherche justement à rassurer sur sa capacité à organiser un tournoi d’envergure en Afrique de l’Est.
Ce qui ne change pas : la CAN féminine et le calendrier des qualifications
Bonne nouvelle au milieu de cette confusion : les annonces concernant le football féminin, elles, tiennent bon. La CAF confirme une hausse de 100 % de la prime du vainqueur de la CAN féminine 2026 :
| Classement | Prime 2026 | Prime précédente |
|---|---|---|
| Championne | 2 000 000 $ | 1 000 000 $ |
| Vice-championne | 750 000 $ | — |
| 3ᵉ place | 500 000 $ | — |
| 4ᵉ place | 400 000 $ | — |
L’enveloppe globale grimpe ainsi de 3,475 à 5,8 millions de dollars, soit une hausse de 67 %. Un signal fort envoyé aux fédérations pour qu’elles investissent davantage dans la détection et la formation des jeunes joueuses.
Le calendrier des qualifications pour la CAN 2027, lui aussi, reste inchangé :
| Fenêtre | Période | Journées |
|---|---|---|
| 1 | 21 septembre – 6 octobre 2026 | J1 et J2 |
| 2 | 9 – 17 novembre 2026 | J3 et J4 |
| 3 | 22 – 30 mars 2027 | J5 et J6 |
Les 24 sélections qui se qualifieront par ce biais joueront donc bien la CAN 2027 selon le format classique : six groupes de quatre, avec les deux premiers de chaque poule et les quatre meilleurs troisièmes qualifiés pour les huitièmes de finale.
Rendez-vous en 2028 pour la révolution à 28
L’ambition de Motsepe n’a donc pas disparu, elle est simplement reportée d’une édition. À partir de 2028, premier tournoi du nouveau cycle quadriennal, la CAN accueillera bien 28 sélections, réparties en sept groupes de quatre. Un format qui, sur le papier, offrira :
- Davantage de nations la chance de disputer une phase finale continentale.
- Une compétition plus longue, donc plus attractive commercialement (droits TV, sponsors).
- Un accès plus large pour les fédérations émergentes, dans un continent qui compte 54 pays membres.
Reste que ce report d’un an laisse un peu de temps à la CAF pour peaufiner les modalités : nombre de qualifiés en phase à élimination directe, répartition géographique des poules, calendrier des futures éliminatoires, avant de se lancer dans cette réforme XXL.
Et la CAN 2027, dans tout ça ?
Pendant que la polémique sur le format enflait, l’organisation de la CAN 2027 continue son chemin en Afrique de l’Est. Motsepe s’est voulu rassurant sur ce dossier sensible : « Les gouvernements du Kenya, de la Tanzanie et de l’Ouganda font preuve d’un engagement exemplaire ».
Baptisée « Pamoja », « ensemble » en swahili, cette édition sera historique à plus d’un titre : première CAN co-organisée par ces trois pays, première fois que la compétition se joue dans cette partie du continent, souvent délaissée par les grands tournois. Prévue du 19 juin au 17 juillet 2027, elle mobilisera d’importants chantiers : stades, terrains d’entraînement, hôtellerie, transports, sécurité, diffusion télévisuelle.
Ce que ça change pour joueurs, clubs et fédérations
Pour les joueurs : le format à 24 équipes ne change rien à la charge de travail immédiate, mais le calendrier resserré sur trois fenêtres internationales impose déjà une préparation soutenue, notamment pour les binationaux évoluant en Europe.
Pour les clubs européens : ouf de soulagement, en quelque sorte, pas de bouleversement de dernière minute du format à absorber pour 2027. Le vrai test arrivera en 2028.
Pour les fédérations les plus modestes : la fenêtre d’opportunité qu’offrait un tableau à 28 équipes s’éloigne d’un an. Un délai supplémentaire, mais aussi un an de plus pour se structurer et viser une qualification.
