On a tous, dans notre entourage, ce petit dernier de trois ans qui manie la tablette mieux qu’un stagiaire en marketing digital, mais qui peine encore à aligner trois mots. Coïncidence ? Une pédiatre du développement affirme que non, et ses explications donnent franchement à réfléchir.
Une experte pointe du doigt un coupable inattendu
À l’occasion de la Journée internationale des enfants 2026, la consultante en développement de l’enfant Dr Enifome Ogbimi a été reçue le mercredi 27 mai sur le plateau de Sunrise Daily, l’émission matinale de Channels Television. Le constat qu’elle y dresse est sans détour : le temps d’écran excessif serait l’une des causes majeures du retard de langage observé chez de nombreux enfants aujourd’hui.
« Exposer les enfants à un temps d’écran excessif nuit à leur cerveau », a-t-elle expliqué, avant d’ajouter que la réduction du temps passé devant les écrans produit des effets quasi immédiats : certains enfants se mettent à parler plus tôt, d’autres, exposés trop longtemps, accumulent au contraire un retard notable.
Et le phénomène n’a rien d’anecdotique. Selon elle, de nombreux parents consultent aujourd’hui uniquement parce que leur enfant ne parle toujours pas à l’âge où il le devrait. La cause la plus fréquente ? Vous l’aurez deviné : les écrans, omniprésents, qui remplacent peu à peu ce que l’enfant devrait vivre en vrai.
Le vrai problème, ce n’est pas l’écran, c’est ce qu’il remplace
Voici l’idée centrale, et elle mérite qu’on s’y arrête : un enfant apprend à parler en interagissant, pas en regardant. Le Dr Ogbimi insiste sur ce point ; les tout-petits ont besoin d’échanges en face à face, une compétence qu’elle qualifie de fondamentale pour la vie entière, et que l’écran, aussi coloré et interactif soit-il, ne peut tout simplement pas remplacer.
Concrètement, quand un bébé babille et qu’un adulte lui répond, sourit, reformule, c’est tout un circuit neuronal du langage qui se construit, petit à petit. Un dessin animé, aussi bien conçu soit-il, ne répond jamais à l’enfant. Il n’y a pas d’aller-retour, pas de regard partagé, pas de correction douce. Juste un flux d’images qui capte l’attention sans jamais la nourrir vraiment.
« Il faut fixer une limite », résume la spécialiste, qui recommande de ne pas dépasser une heure d’écran par jour.
Ce que disent les recherches internationales
Le constat du Dr Ogbimi n’est pas isolé, loin de là. Il rejoint des recommandations établies depuis plusieurs années par les grandes institutions de santé publique à travers le monde :
- L’Organisation mondiale de la santé (OMS) déconseille tout écran avant l’âge de 2 ans, et recommande de ne pas dépasser une heure de temps d’écran quotidien entre 2 et 5 ans.
- Des chercheurs américains ont observé qu’une exposition supérieure à deux heures par jour chez des enfants de moins de 5 ans pouvait entraîner un amincissement précoce du cortex cérébral, la zone du cerveau qui pilote nos fonctions cognitives les plus complexes.
- Une étude menée en France a mesuré une chute de 85 % des interactions verbales entre parent et enfant lorsqu’un écran reste simplement allumé en arrière-plan, même sans que personne ne le regarde activement.
Autrement dit : ce n’est pas seulement le temps que l’enfant passe devant l’écran qui pose problème. C’est aussi celui que les parents, eux, passent scotchés à leur téléphone, pendant que le petit attend, sans le savoir, un regard, une phrase, une réponse.
Comprendre l’enfant avant de le juger
Au-delà des écrans, le Dr Ogbimi élargit le débat à une question plus large : celle du décalage entre les attentes des adultes et les capacités réelles de développement de l’enfant.
« On ne peut célébrer les enfants si on ne les comprend pas », a-t-elle martelé. Selon elle, beaucoup de tensions familiales naissent d’un malentendu simple : on attend d’un enfant qu’il se comporte comme un mini-adulte, alors que son cerveau, lui, n’en a tout simplement pas encore les moyens.
Elle invite donc les parents à se poser une question toute simple avant chaque réprimande ou chaque frustration : « De quoi mon enfant est-il réellement capable, à son âge, et non de quoi j’aimerais qu’il soit capable ? »
- Un enfant de 2 ans qui fait une crise n’est pas « capricieux » : son cerveau ne sait pas encore réguler ses émotions.
- Un enfant qui ne parle pas encore à 18 mois n’est pas forcément « en retard » mais s’il ne parle toujours pas à 3 ans, cela mérite une vraie attention.
- Un enfant qui refuse de partager n’est pas égoïste : la notion de partage s’acquiert progressivement, elle ne tombe pas du ciel.
Ce n’est pas, précise-t-elle, un plaidoyer pour une éducation laxiste ou trop permissive. C’est simplement une invitation à ajuster ses attentes au véritable stade de développement de l’enfant, plutôt qu’à son âge sur le papier.
Des solutions concrètes pour les parents
Alors, que faire, très concrètement, à la maison ? Voici quelques pistes qui découlent directement des recommandations de la spécialiste et des institutions de santé :
- Fixer une limite claire : pas plus d’une heure d’écran par jour pour les jeunes enfants, et zéro écran avant 2 ans si possible.
- Couper les écrans pendant les repas, les vôtres compris. Un enfant apprend énormément en observant les adultes discuter à table.
- Privilégier les jeux qui obligent à l’échange : lecture à voix haute, jeux de rôle, comptines, cuisine ensemble.
- Se méfier du « bruit de fond » : une télévision allumée en continu dans le salon, même sans être regardée, réduit déjà les échanges verbaux.
- Consulter tôt en cas de doute : un simple bilan avec un orthophoniste ou un pédiatre du développement peut lever bien des inquiétudes ou permettre une prise en charge précoce, toujours plus efficace.
Et si le vrai problème, c’était nous ?
Combien d’entre nous ont déjà tendu leur téléphone à un enfant qui pleurait, juste pour avoir cinq minutes de paix ? Ce n’est pas un jugement, c’est un simple constat : la vie moderne, le travail, la fatigue, poussent beaucoup de parents africains, comme ailleurs, à utiliser l’écran comme une baby-sitter silencieuse. Le problème, c’est que cette solution de facilité d’aujourd’hui pourrait bien devenir le mal de tête de demain, quand l’enfant peine à s’exprimer à l’école ou dans ses relations avec les autres enfants.
Alors on vous pose la question, sans filtre : limitez-vous vraiment le temps d’écran de vos enfants, ou est-ce plus facile de dire « juste dix minutes de plus » ? Avez-vous déjà remarqué un changement, en bien ou en mal, chez votre enfant après avoir réduit les écrans à la maison ?
Dites-nous tout en commentaire, on a hâte de vous lire et qui sait, votre expérience pourrait aider un autre parent qui se pose exactement les mêmes questions que vous.
