Union africaine : l’Éthiopie met la main à la poche, mais est-ce vraiment suffisant ?

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Il y a des gestes qui en disent long. Celui de l’Éthiopie en fait partie. Alors que l’Union africaine (UA) traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire financière, Addis-Abeba vient d’annoncer qu’elle allait quasiment doubler sa contribution annuelle au budget de l’organisation. Un geste fort, symboliquement parlant. Mais suffira-t-il à sortir l’institution panafricaine de l’ornière ?

Une promotion budgétaire qui ne passe pas inaperçue

L’annonce a été faite lors de la 49ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l’UA, réunie à Addis-Abeba. Jusqu’ici, l’Éthiopie versait un peu moins de 8 millions de dollars par an, la classant parmi les pays dits de « deuxième rang » dans la même catégorie que le Kenya. Désormais, elle rejoint le club très fermé des contributeurs de « premier rang », aux côtés de poids lourds économiques comme l’Algérie, l’Égypte, le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Maroc et l’Angola.

Concrètement, sa contribution grimpe à environ 15 millions de dollars par an, une somme qui entrera en vigueur dès le cycle budgétaire 2027-2029. Le Kenya suivra le même chemin. Petit bémol tout de même : cette générosité accrue ne s’accompagne d’aucun pouvoir de vote supplémentaire au sein de l’organisation.

Pour situer l’enjeu : les pays de premier rang financent à eux seuls 45,15 % du budget ordinaire et du Fonds pour la paix de l’UA, soit entre 600 et 650 millions de dollars par an. Autant dire que chaque nouvelle recrue dans cette catégorie compte.

Pourquoi l’UA a-t-elle si désespérément besoin d’argent ?

C’est là que les choses se corsent. L’Union africaine carbure encore majoritairement aux financements extérieurs, principalement en provenance de l’Union européenne. Selon un communiqué publié récemment par l’organisation elle-même, son financement n’est « ni prévisible, ni durable, ni équitable, ni transparent », un aveu rare de la part d’une institution habituée à la langue de bois diplomatique.

Le vrai problème, c’est que plus de 40 % des États membres ne paient tout simplement pas leurs cotisations annuelles. Certains cas sont particulièrement criants :

  • Le Soudan cumule à lui seul une dette de 74 millions de dollars
  • La Libye, le Soudan du Sud, le Burkina Faso, le Mali, la Guinée et le Niger doivent ensemble plus de 30 millions de dollars

Ajoutez à cela une baisse continue des financements des partenaires extérieurs : 288,6 millions de dollars reçus en 2024, contre 404 millions attendus, et vous obtenez une organisation qui vit constamment sur la corde raide.

La taxe de 0,2 % qui devait tout changer… mais qui patine

En 2016, à Kigali, les États membres avaient pourtant trouvé, sur le papier, une solution élégante : prélever 0,2 % sur la valeur des importations pour alimenter le budget de l’UA. L’idée était même ambitieuse : financer intégralement le fonctionnement de l’organisation, 75 % de son budget-programme et un quart de son Fonds pour la paix.

Presque dix ans plus tard, le bilan est mitigé. Seuls une vingtaine de pays ont intégré cette taxe à leur législation nationale, et dix-sept l’appliquent réellement, parmi eux le Rwanda, le Kenya, l’Éthiopie, Djibouti, le Ghana, la Côte d’Ivoire, la RDC, le Maroc et le Soudan.

Les grandes économies du continent, elles, ont fait un choix différent. L’Afrique du Sud, le Nigéria, l’Algérie et l’Égypte ont préféré ne pas appliquer cette taxe spécifique, invoquant les règles de l’Organisation mondiale du commerce et leurs accords commerciaux régionaux. Elles règlent plutôt leur dû directement via leur trésorerie nationale.

Washington claque la porte, et ça fait mal

Le calendrier n’aide pas non plus l’UA. Les États-Unis ont récemment notifié l’organisation qu’ils cesseraient de financer la mission de paix en Somalie au-delà de décembre 2026, invoquant la lenteur des autorités somaliennes à assurer elles-mêmes leur sécurité après près de vingt ans de présence internationale.

Plus grave encore : Washington bloque également une résolution onusienne qui aurait permis à des missions dirigées par l’UA de financer 75 % de leur budget via des contributions évaluées par l’ONU. Les Américains justifient ce blocage par des inquiétudes sur la responsabilité financière, les droits humains et la transparence opérationnelle des opérations concernées.

Conséquence directe : la Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM) fonctionne aujourd’hui avec un budget famélique, une dette de près de 94 millions de dollars envers les pays qui fournissent des troupes, et sans le soutien logistique de plus d’un demi-milliard de dollars qu’assurait auparavant le Bureau d’appui des Nations Unies. Difficile, dans ces conditions, de maintenir plus de 11 000 soldats sur le terrain de façon autonome.

Où part vraiment l’argent de l’UA ?

Un chiffre permet de comprendre les priorités réelles de l’organisation. En 2024, l’UA a dépensé :

  • 169 millions de dollars en salaires et avantages du personnel
  • 143 millions de dollars pour les opérations de soutien à la paix

Pour donner une idée des écarts de rémunération au sommet, le président de la Commission de l’UA touchait un salaire annuel de 361 000 dollars, son vice-président 287 000 dollars. Et les comptes fournisseurs impayés atteignaient 283 millions de dollars, dont près de la moitié due directement aux pays contributeurs de troupes.

Le geste éthiopien mérite d’être salué dans un continent où les promesses financières s’évaporent trop souvent, honorer intégralement ses contributions et accepter d’en payer davantage relève presque de l’exploit. Mais soyons honnêtes : doubler une contribution qui reste, à l’échelle du budget global de l’UA, relativement modeste ne résout en rien le problème structurel de fond.

Tant que 40 % des États membres continueront de ne pas payer leurs cotisations, tant que les grandes puissances économiques du continent contourneront la taxe sur les importations, et tant que l’Afrique dépendra à plus de 60 % de bailleurs extérieurs pour financer ses propres institutions, parler de « souveraineté panafricaine » restera un slogan plus qu’une réalité.

Et vous, qu’en pensez-vous ? L’Afrique peut-elle un jour financer réellement ses propres institutions sans dépendre de l’étranger, ou est-ce un vœu pieux tant que la solidarité entre États membres restera aussi inégale ? Donnez-nous votre avis en commentaire !

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