L’Afrique n’est plus le petit continent que vous croyez connaître
Pendant des siècles, on vous a menti sur une carte accrochée dans toutes les salles de classe. Vendredi 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations Unies a mis un coup d’arrêt à cette illusion cartographique vieille de 450 ans. Par 164 voix pour, une seule contre et six abstentions, elle a adopté la résolution « Correct the Map », portée par le Togo au nom de l’Union africaine.
- L’Afrique n’est plus le petit continent que vous croyez connaître
- Mercator, une carte de marin devenue arme de perception
- Ce que change concrètement la résolution « Correct the Map »
- « Une victoire pour l’exactitude », selon Robert Dussey
- Les États-Unis, seuls contre le texte
- Pourquoi une carte compte autant pour l’Afrique
- Ce qui va (vraiment) changer dans votre quotidien
- Un symbole fort, mais le vrai combat reste à venir
Le message est limpide : la carte du monde que vous avez apprise à l’école ment sur la taille réelle du continent africain. Et ce mensonge n’a rien d’anodin.
Mercator, une carte de marin devenue arme de perception
Petit rappel de géographie, promis, ce sera bref. En 1569, le cartographe flamand Gerardus Mercator invente une projection pensée pour les navigateurs : elle conserve les angles, donc les caps, ce qui est parfait en mer. Le hic, c’est que cette technique déforme sévèrement les surfaces à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur.
Résultat, quelques siècles plus tard :
- Le Groenland paraît aussi grand que l’Afrique sur une carte Mercator classique.
- Dans la réalité, l’Afrique est environ 14 fois plus vaste que le Groenland.
- L’Europe et l’Amérique du Nord apparaissent surdimensionnées, tandis que les régions équatoriales sont rabougries.
Une carte censée guider des navires est ainsi devenue, au fil du temps, l’image de référence dans les écoles, les médias et les applications GPS du monde entier au point de façonner la perception collective bien au-delà de son usage maritime d’origine.
Ce que change concrètement la résolution « Correct the Map »
Portée par le Togo au nom du Groupe africain et soutenue par l’Union africaine, la résolution encourage les gouvernements, les écoles, les organisations internationales et les géants de la tech à privilégier une nouvelle projection : Equal Earth, mise au point en 2018, qui respecte bien plus fidèlement la superficie relative des continents.
Attention toutefois, ne vous emballez pas trop vite : ce texte n’est pas contraignant. Personne n’a l’obligation de décrocher Mercator du mur de sa classe dès la rentrée prochaine. Le vote encourage simplement les institutions à remplacer progressivement le vieux modèle par la projection Equal Earth, jugée plus fidèle.
C’est un symbole. Mais un symbole d’une portée considérable pour un continent longtemps réduit à la marge des représentations mondiales.
« Une victoire pour l’exactitude », selon Robert Dussey
Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, cheville ouvrière du dossier, n’a pas mâché ses mots à l’issue du vote. Il a salué une adoption survenant à un moment historique pour l’Afrique et pour le monde, réaffirmant la nécessité d’une représentation plus fidèle de la planète.
Sa formule la plus marquante ? « Une carte juste ne change pas la géographie du monde, elle change la façon dont on le regarde. »
Le diplomate a aussi tenu à désamorcer toute polémique inutile : l’initiative n’est dirigée contre aucun pays, aucune région, aucune civilisation. Il s’agit, selon lui, de restituer aux continents leur réalité géographique dans l’esprit des populations.
Les États-Unis, seuls contre le texte
Un seul pays a voté contre : les États-Unis. Six autres : Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie, Serbie et Ukraine, se sont abstenus. La représentante adjointe américaine a dénoncé un « projet idéologique » qui, selon elle, détournerait l’institution de priorités plus pressantes.
Robert Dussey a préféré tempérer plutôt qu’envenimer la querelle diplomatique. Il a affirmé respecter la position américaine tout en assurant vouloir poursuivre le dialogue avec Washington, y compris sur la mise en œuvre concrète de la résolution.
Pourquoi une carte compte autant pour l’Afrique
On pourrait se dire : après tout, ce n’est qu’un bout de papier, pourquoi tant de bruit ? C’est justement là que le débat devient intéressant.
Les partisans du texte estiment que les cartes ne se contentent pas de montrer le monde : elles façonnent, dès l’enfance, notre perception des rapports de force entre continents. La campagne portée par les pays africains vise justement à mettre fin à des représentations qui font paraître l’Afrique bien plus petite qu’elle ne l’est réellement.
La résolution va même plus loin sur le plan symbolique : Robert Dussey a évoqué une démarche de « justice cognitive », presque une réparation mémorielle face à des décennies de représentations héritées de l’ère coloniale.
Avec plus de 1,5 milliard d’habitants et un poids géopolitique croissant au XXIe siècle, l’argument avancé par Lomé et l’Union africaine tient en une phrase : le continent mérite d’être vu tel qu’il est, pas tel qu’on a longtemps choisi de le montrer.
Ce qui va (vraiment) changer dans votre quotidien
Concrètement, ne vous attendez pas à un bouleversement immédiat :
- Les cartes marines continueront d’utiliser Mercator, projection toujours pertinente pour la navigation.
- Les manuels scolaires et les grandes plateformes technologiques sont invités, pas obligés, à adopter Equal Earth.
- Le changement se fera progressivement, établissement par établissement, entreprise par entreprise.
Bref, la révolution cartographique ne sera pas fulgurante. Mais elle est enclenchée, et c’est bien ce qui compte.
Un symbole fort, mais le vrai combat reste à venir
Une résolution non contraignante ne va pas, du jour au lendemain, changer le regard que porte le monde sur l’Afrique. Mais ce vote a une valeur qui dépasse largement la géographie. Il envoie un signal : celui d’un continent qui refuse désormais de subir en silence des représentations héritées d’une autre époque, et qui impose son récit à la table des Nations Unies.
Reste une question qui mérite d’être posée sans détour : une carte plus juste suffira-t-elle à changer la manière dont l’Afrique est perçue économiquement et politiquement, ou s’agit-il avant tout d’un symbole sans effet réel sur le terrain ?
Et vous, qu’en pensez-vous ? Ce vote de l’ONU vous semble-t-il être une avancée majeure pour la dignité du continent, ou une victoire purement symbolique qui ne changera rien au quotidien ? Dites-le nous en commentaire.
