Sénégal : les fonctionnaires bientôt formés à l’IA

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Le pari sénégalais : numériser l’administration sans laisser les agents sur le carreau

Digitaliser des services publics, c’est une chose. Faire en sorte que les agents chargés de les faire fonctionner sachent réellement s’en servir, c’en est une autre souvent négligée. Le Sénégal a décidé de s’attaquer frontalement à ce problème.

Jeudi 10 septembre 2026, le pays a validé son Plan national de formation numérique, un dispositif destiné à accompagner les agents de l’État dans la transformation profonde de leurs pratiques professionnelles. L’objectif affiché : combler l’écart, trop souvent constaté ailleurs, entre le déploiement d’outils numériques flambant neufs et la capacité réelle des administrations à s’en emparer.

Un plan sur mesure, pas une formation universelle

Premier point important à clarifier, car c’est une confusion fréquente : il ne s’agit pas de former tous les fonctionnaires de la même manière. Le plan établit plutôt un cadre commun, avec des contenus adaptés selon le métier et le niveau de responsabilité de chaque agent.

Les domaines couverts sont vastes :

  • Utilisation des outils numériques au quotidien,
  • Gestion des données et systèmes d’information,
  • Services publics numériques,
  • Intelligence artificielle,
  • Cybersécurité,
  • Nouvelles méthodes de travail liées à la digitalisation des procédures administratives.

Qui porte ce projet, et pourquoi maintenant ?

L’atelier national de validation s’est tenu à Dakar, sous l’égide du ministère de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public, en présence de représentants ministériels, de responsables des ressources humaines et de partenaires techniques et financiers.

Ibrahima Dieng, directeur général de la Fonction publique, a résumé l’ambition du texte en une phrase : préparer les agents qui font tourner l’administration aux transformations professionnelles profondes que traverse le pays. Il a également précisé que ce plan constitue une déclinaison concrète de la Stratégie nationale de formation continue des agents de l’État, pensée pour professionnaliser les ressources humaines et améliorer la performance publique.

Du côté du ministère des Télécommunications et du Numérique, représenté par sa directrice de cabinet Sira Niang Sy, le message est tout aussi clair : il n’existe pas de transformation numérique durable sans une transformation des compétences qui l’accompagne.

Ce plan ne sort pas de nulle part : le contexte du New Deal technologique

Cette initiative ne se lance pas dans le vide. Elle s’inscrit dans la continuité du New Deal technologique, lancé en février 2025 pour accélérer la numérisation des services publics sénégalais, et s’aligne sur la Vision 2050 du pays.

Plus précisément, le plan de formation correspond au programme 7 du New Deal technologique, celui consacré au développement des talents et au renforcement des capacités numériques. Pour rappel, en mars 2026, le gouvernement avait déjà lancé sept projets structurants destinés à poser les fondations de l’infrastructure publique numérique nationale.

Autre détail qui mérite d’être signalé : l’élaboration technique du document a été appuyée par le programme FORCE-N, porté par l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UNCHK), preuve que le Sénégal mobilise ses propres ressources académiques plutôt que de tout sous-traiter à l’extérieur.

Comment le Sénégal compte-t-il mesurer les résultats ?

Un plan de formation, aussi ambitieux soit-il, ne vaut que par ses résultats concrets. Le gouvernement sénégalais semble en avoir pleinement conscience : il prévoit d’évaluer l’efficacité du dispositif à partir de trois indicateurs :

  1. Les compétences réellement acquises par les agents formés,
  2. Les certifications obtenues à l’issue des formations,
  3. L’effet mesurable de ces formations sur la qualité du service public rendu aux citoyens.

Cette approche par les résultats, plutôt que par le simple nombre d’heures de formation dispensées, marque une différence notable avec de nombreux programmes similaires ailleurs sur le continent, souvent critiqués pour leur difficulté à démontrer un impact réel une fois les financements épuisés.

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