Quand la justice tranche en faveur de celle qui a tout financé
Un jugement rendu au Kenya fait couler beaucoup d’encre, et pour cause : il vient bousculer une croyance encore tenace selon laquelle, dans un couple, c’est presque toujours l’homme qui tient les cordons de la bourse. Ici, c’est tout l’inverse.
- Quand la justice tranche en faveur de celle qui a tout financé
- Lucy Kabuu, ancienne championne de marathon au cœur de l’affaire
- Comment le mari a fini par tout gérer… sans jamais rien financer
- Les mots très durs du juge Mohochi
- Sur quels critères la justice kényane répartit-elle les biens du couple ?
- Une décision qui dépasse le simple fait divers
- Une décision juste, mais qui interroge sur les usages persistants
La Haute Cour de Nakuru a attribué 80 % des biens acquis durant le mariage à l’épouse, contre seulement 20 % pour son ex-mari. Motif invoqué par le juge Samuel Mohochi : c’est elle, et elle seule, qui faisait vivre le foyer.
Lucy Kabuu, ancienne championne de marathon au cœur de l’affaire
Le nom de la plaignante n’est pas anonyme : il s’agit de Lucy Kabuu, ancienne championne de marathon kényane, opposée à son ex-mari, Jeremiah Maina. Le jugement, rendu le 23 février 2026, met fin à une longue bataille autour des biens accumulés pendant leur union.
Trois sources de revenus ont permis à la sportive de financer, à elle seule, l’essentiel du patrimoine du couple :
- Ses gains remportés lors de marathons internationaux, souvent perçus en devises étrangères.
- Son salaire de policière.
- Ses revenus locatifs.
Un point souvent négligé dans ce genre d’histoire : gagner de l’argent ne suffit pas à le garder. C’est précisément ce qui s’est joué dans cette affaire.
Comment le mari a fini par tout gérer… sans jamais rien financer
Sur le papier, Jeremiah Maina apparaissait comme le gestionnaire du foyer : c’est lui qui s’occupait des finances familiales et supervisait les différents projets, pendant que son épouse s’entraînait et enchaînait les compétitions à l’étranger.
Mais gérer l’argent n’a jamais signifié en être la source. Lucy Kabuu a expliqué au tribunal lui avoir confié ses cartes bancaires ainsi que ses primes de compétition, lui permettant de déposer ces fonds sur ses propres comptes avant d’acquérir plusieurs biens.
Problème : quand le tribunal a examiné les relevés bancaires et les témoignages, aucune preuve n’a permis d’établir que le mari était réellement à l’origine des fonds utilisés pour ces acquisitions. Pire, selon le jugement, il n’a jamais rendu compte des sommes qui lui avaient été confiées, tout en tentant de revendiquer la propriété des biens achetés grâce aux revenus de son épouse.
Les mots très durs du juge Mohochi
Dans son jugement, le magistrat n’a pas mâché ses mots. Il a estimé que le mari s’était appuyé sur les succès sportifs de son épouse pour s’imposer comme gestionnaire de ses finances, pendant qu’elle, de son côté, s’investissait pleinement dans l’entraînement et la compétition.
Il est allé plus loin en soulignant que l’épouse constituait le véritable pilier financier du couple, et que sa confiance avait été trahie, une formule qui a largement circulé sur les réseaux sociaux kényans depuis la publication du jugement.
Autre point qui a pesé lourd dans la balance : le juge a reproché au mari d’avoir cédé certains biens litigieux pendant la procédure, en violation directe des ordonnances judiciaires censées préserver ces actifs. Une manœuvre interprétée par le tribunal comme une tentative de contourner le partage équitable.
Sur quels critères la justice kényane répartit-elle les biens du couple ?
Beaucoup de lecteurs se demandent sans doute : et si mon conjoint gère les comptes, cela veut-il dire qu’il en devient propriétaire ? La réponse du droit kényan est claire, et cette affaire vient le confirmer noir sur blanc.
La loi reconnaît deux types de contributions au sein d’un mariage :
- La contribution financière (salaire, revenus, apports en capital).
- La contribution non-monétaire (gestion du foyer, éducation des enfants, soutien logistique).
Mais attention : reconnaître ces deux formes de contribution ne veut pas dire les traiter à égalité automatiquement. Le partage final dépend toujours des preuves apportées dans chaque dossier. Ici, la contribution non-financière du mari a été jugée réelle, mais limitée d’où les 20 % qui lui ont été accordés, ni plus, ni moins.
Une décision qui dépasse le simple fait divers
Ce jugement dépasse largement le cadre d’un simple différend conjugal. Il envoie un signal fort : gérer l’argent d’un conjoint ne donne aucun droit automatique sur les biens acquis grâce à cet argent. Un principe qui pourrait faire jurisprudence dans d’autres affaires similaires, notamment lorsqu’un des deux époux gagne l’essentiel des revenus du ménage pendant que l’autre en assure la gestion administrative.
Une décision juste, mais qui interroge sur les usages persistants
Cette affaire met en lumière une réalité que beaucoup de couples préfèrent taire : la gestion de l’argent au sein du foyer repose encore trop souvent sur des habitudes culturelles plutôt que sur une vraie transparence financière entre partenaires. Le jugement du juge Mohochi a le mérite de rappeler une évidence : contribuer financièrement à un couple, ce n’est pas seulement gagner de l’argent, c’est aussi pouvoir le prouver.
On peut légitimement se demander combien de femmes, ou d’hommes, l’inverse existe aussi, se retrouvent aujourd’hui dans une situation similaire, sans jamais oser réclamer ce qui leur revient de droit, faute de preuves ou par simple méconnaissance de leurs droits.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Ce jugement vous semble-t-il équitable, ou la répartition aurait-elle dû être différente ? Avez-vous déjà été confronté(e) à ce type de situation dans votre entourage ? Partagez votre avis en commentaire.
