Ce 2 juin 2026 au quartier Famla, à Bafoussam, un homme est mort pas parce qu’il cherchait la bagarre, pas parce qu’il était impliqué dans un conflit qui le regardait, mais parce qu’il a vu une femme se faire battre et qu’il a décidé de s’interposer.
Son neveu l’a tué pour ça.
Bosco Njitap : l’homme qui ne pouvait pas regarder sans agir
On ne sait pas grand-chose de Bosco Njitap au-delà de ce geste. Ce qui est sûr, c’est que ce soir-là, au quartier Famla, il a vu quelque chose que beaucoup d’autres ont probablement vu aussi : une femme frappée, humiliée, en danger, et contrairement à beaucoup d’autres, lui n’a pas détourné les yeux.
Il s’est levé. Il s’est approché. Il a mis son corps entre la victime et l’agresseur.
Ce genre de réflexe, on aimerait croire qu’il est commun. Qu’on ferait tous pareil dans cette situation. Mais la vérité, c’est que non. La plupart des gens regardent, hésitent, se disent que c’est pas leurs affaires, que ça va se calmer tout seul. Bosco, lui, a pas hésité.
Et c’est ça qui rend sa mort encore plus difficile à accepter.
Papou Njitap : une violence qui cherchait juste une cible
L’agresseur, c’est Papou Njitap. Son propre neveu.
D’après les témoignages recueillis sur place, Papou était dans un état de grande nervosité ce soir-là. Il s’en prenait à une femme. Les circonstances exactes de cette première violence ne sont pas encore entièrement établies, mais ce qui est clair, c’est que sa colère était déjà là, bien installée, avant même que son oncle n’intervienne.
Quand Bosco s’est interposé pour calmer la situation, Papou n’a pas vu un protecteur. Il n’a pas vu son oncle. Il a vu quelqu’un qui se mettait en travers de sa rage. Et dans cet état-là, cette zone où la colère prend tout l’espace et où la raison disparaît complètement, la discussion entre les deux hommes a dégénéré très vite.
Trop vite.
Papou a saisi une bouteille. Et il a frappé.
Le coup. L’hôpital. La mort.
Bosco Njitap a été transporté à l’hôpital dans un état critique. Ceux qui l’ont accompagné ce soir-là espéraient encore. On espère toujours, dans ces moments, que le corps va tenir, que les médecins vont trouver quelque chose à faire, que la violence ne sera pas allée aussi loin qu’elle en avait l’air.
Mais Bosco n’a pas survécu à ses blessures.
Il est mort à l’hôpital. Laissant derrière lui une famille, un quartier sous le choc, et une question qui tourne en boucle dans la tête de tous ceux qui ont entendu cette histoire : est-ce qu’on peut encore se permettre de défendre quelqu’un dans ce pays sans risquer sa vie ?
La femme qu’il défendait
C’est le personnage de cette histoire dont on parle le moins. Et pourtant, elle est au centre de tout.
On ne connaît pas son nom. On ne sait pas exactement quelle relation elle avait avec Papou : était-ce sa compagne, une voisine, une inconnue ? Les informations disponibles ne le précisent pas encore clairement. Ce qu’on sait, c’est qu’elle était en train d’être battue. Et que quelqu’un, un homme qu’elle connaissait peut-être à peine, a choisi de risquer sa sécurité pour la protéger.
Elle a survécu à cette soirée. Bosco, non.
J’espère qu’elle sait ce qu’il a fait pour elle. J’espère que personne ne lui fait porter le poids de cette mort. Parce que le seul responsable de la mort de Bosco, c’est Papou et personne d’autre.
Bafoussam : une ville qui accumule les drames
Bafoussam, chef-lieu de la région de l’Ouest Cameroun, a connu plusieurs drames familiaux et conjugaux ces derniers mois. En avril 2026 déjà, une dispute conjugale au quartier Auberge du Lac avait coûté la vie à un homme. Les violences intrafamiliales et conjugales sont une réalité quotidienne dans cette ville comme dans beaucoup d’autres au Cameroun.
Et à chaque fois, le schéma se répète : une violence qui commence dans le huis-clos d’une relation, qui déborde dans l’espace public, qui emporte des vies qui auraient dû rester à l’abri.
Ce Que Cette Histoire Pose Comme Question
Bosco Njitap a fait exactement ce qu’on est tous censés faire quand on voit quelqu’un en danger. Il a agi. Il a protégé. Et il est mort pour ça. Pendant que l’homme qui battait une femme, lui, avait encore assez de force pour saisir une bouteille et frapper.
Il y a quelque chose de profondément injuste là-dedans. Quelque chose qui dit que la violence : la vraie, la brutale, celle qui ne réfléchit pas, a toujours un avantage sur ceux qui essaient de faire le bien.
Et pourtant. Malgré tout ça, je crois que Bosco a eu raison de s’interposer. Je crois qu’on a besoin de plus de gens comme lui. Des gens qui ne regardent pas ailleurs quand quelqu’un souffre juste devant eux.
Sa mort est injuste. Son geste, lui, restera.
Et Papou ?
À l’heure où j’écris ces lignes, les informations sur la suite judiciaire restent fragmentaires. Papou Njitap a-t-il été interpellé par les forces de l’ordre ? A-t-il pris la fuite ? L’enquête est en cours.
Ce qui est certain, c’est qu’il devra répondre de ses actes devant la justice. Tuer quelqu’un, même dans un moment de rage, même sans préméditation apparente, ça a un nom. Et ce nom-là, au Cameroun comme ailleurs, s’accompagne de conséquences.
Si tu avais été là ce soir-là, tu te serais interposé ? Ou est-ce qu’on peut reprocher à Bosco d’être intervenu dans une situation qui ne le regardait pas ?
