Je vais essayer de te raconter ça comme je peux… mais honnêtement, même en le disant à voix haute, ça sonne un genre « EFRAYANT ». Comme une histoire qu’on invente pour faire peur aux gens la nuit. Sauf que là, c’est moi. Et depuis, quelque chose a changé. Pas de façon spectaculaire… mais assez pour que je ne dorme plus comme avant.
Le mois dernier, je suis allée dans un petit village de la région de l’Est. Rien d’inhabituel. Un enterrement. Le frère du mari de ma tante, quelqu’un que je n’avais jamais rencontré, tu vois le genre.
Mais dans ma famille, on ne pose pas trop de questions. On y va. Point.
Je suis partie de la ville tôt le matin. La route était longue, poussiéreuse, un peu monotone… et pourtant, j’avais ce sentiment bizarre. Pas vraiment de la peur. Plutôt une sorte de… tension flottante. Comme si quelque chose m’attendait déjà là-bas. (Oui, je sais, ça fait cliché.)
Je marchais dans la ville, téléphone à la main, essayant de suivre les indications de ma tante. Gauche, droite, encore gauche… bref, j’étais presque arrivée quand je l’ai vue.
Une femme. Assise dehors, devant une maison.
Belle. Mais pas seulement “belle” comme on le dit facilement. Non. Il y avait quelque chose de… troublant. Un éclat étrange. Sa peau claire captait la lumière d’une façon presque irréelle, comme si elle ne faisait pas tout à fait partie du décor.
Je me suis retournée pour la saluer.
Et c’est là que tout a dérapé.
Elle était assise d’une manière… disons… très sexy. Trop sexy. Comme si la notion même de pudeur avait décidé de prendre congé ce jour-là. Et moi, je devrais avoir honte de l’admettre, j’ai regardé.
Un peu trop longtemps.
Elle, par contre, n’a même pas levé les yeux. Absorbée dans son téléphone. Scrollant… peut-être TikTok, qui sait. Comme si moi, je n’existais pas étant devant elle.
Et ça m’a rendu… curieux.
Je me suis éloignée. Puis je suis revenue.
Une fois.
Deux fois.
Trois fois.
Chaque fois, elle était là. Dans la même position. Même posture. Même absence totale de réaction. C’était presque… mécanique. Comme une image figée qui refuse de changer.
Et moi, je tournais autour de cette maison comme un idiot, attirée par quelque chose que je ne comprenais même pas. Un mélange de fascination et de… désir, peut-être. Oui, je crois que c’était ça. (Ça me gêne de le dire, mais bon.)
Finalement, je suis partie aux funérailles.
Mais dans ma tête, c’était décidé : je reviendrais lui parler.
Après la cérémonie, je suis retournée à la maison.
Vide.
Plus personne.
J’ai frappé. Une fois. Deux fois. Trois fois. Personne n’a répondu. Et pourtant, je savais ce que j’avais vu. Je n’étais pas fou. Enfin… je crois.
Quelque chose clochait.
Alors j’ai raconté à ma tante.
Au début, elle ne comprenait pas. Je cherchais mes mots, j’étais maladroit… comment expliquer ça sans passer pour quelqu’un de bizarre ?
Puis soudain, son visage a changé.
Elle a crié.
Pas un petit cri. Non. Un vrai cri, brut, paniqué.
Elle s’est levée d’un bond, a couru chercher de l’eau salée et m’a tirée derrière la maison comme si j’étais un enfant en danger.
« Lave-toi le visage », elle m’a dit.
Je l’ai fait.
« Répète après moi : je n’ai rien vu. »
Trois fois.
Je ne comprenais rien. Mais je l’ai fait quand même.
Et ensuite… elle m’a dit quelque chose que je n’oublierai jamais.
« La fille que tu as vue est morte. »
Silence.
« Elle est morte il y a deux semaines. Des hommes l’ont… jetée dans la rivière. »
Je n’arrivais même plus à respirer correctement.
Elle a continué, comme si c’était une évidence :
« Elle apparaît aux gens. Surtout aux étrangers. »
Je voulais croire que c’était une superstition. Une histoire locale. Tu sais, ces récits qu’on raconte pour expliquer l’inexplicable.
Mais quand je suis rentrée en ville… quelque chose m’avait suivi.
J’ai senti une présence.
Pas tout le temps. Pas clairement. Mais assez pour que je sache.
Je n’étais plus seul.
Depuis, dormir est devenu… compliqué.
Je me réveille toutes les heures. Littéralement. Juste pour vérifier que je suis encore là. Que mon corps fonctionne. Que je ne suis pas… ailleurs.
Samedi, j’ai rêvé d’elle.
Dimanche aussi.
Le même rêve.
Elle ne parle pas. Elle est juste là. Assise. Comme la première fois. Et elle me regarde enfin… cette fois.
Et je te jure, j’aurais préféré qu’elle continue de m’ignorer.
J’ai tout essayé.
Prières.
Huile bénie.
Paroles de méditation.
Rien ne change vraiment.
Ma tante insiste pour que je retourne là-bas. Voir un médium. Elle dit que la fille essaie de me dire quelque chose.
Mais moi… je ne suis pas sûr de vouloir entendre.
Je n’arrive plus à me concentrer au travail. Mon esprit dérive constamment. Comme si une partie de moi était restée là-bas, dans cette petite ville, devant cette maison.
Et parfois, je me pose cette question stupide, mais tenace :
Comment quelque chose d’aussi banal… qu’un simple regard… a pu m’entraîner dans ça ?
Franchement.
Je crois que certaines choses… on n’est pas censé les voir.
Mais quand c’est fait… c’est fait.

