La crise humanitaire au Soudan s’aggrave avec l’exode d’El Gezira

Depuis trois jours consécutifs, Wad⁤ Madani,⁢ la capitale de‌ l’Etat du Gezira, est⁢ devenue⁣ un champ⁢ de⁢ bataille pour les parties en conflit au Soudan:⁢ les⁣ Forces armées soudanaises (FAS) et les forces paramilitaires de soutien⁢ rapide (FSR), une milice paramilitaire.

Cette ‍ville, autrefois ⁢un havre pour ceux ​fuyant les premiers affrontements à Khartoum, ⁤est maintenant plongée dans le chaos. Les combats entre les FAS et les FSR, les coupures d’électricité, les ⁣pannes de communication et‍ la ⁤crise humanitaire croissante⁤ ont plongé Wad Madani‌ dans la tourmente.

Au lendemain des nombreux affrontements dans les quartiers d’El Sharafa, Abu Haraz, ⁣El⁢ Ghanoum, ainsi que ⁣dans ceux d’El Riyadh et⁤ Hantoub, une crise de‌ déplacement vers des Etats voisins tels que Sennar, ⁣El Gedaref et Kassala a éclaté. ⁢Particulièrement touché, l’Etat d’El Gedaref a vu un afflux important de⁢ personnes fuyant la ​violence⁤ à Wad Madani.

Les activistes ⁤signalent​ une forte augmentation des prix des médicaments et du matériel médical, ainsi que des files ⁤d’attente dans les stations-service. Les professionnels de‍ la santé soudanais dressent un tableau sombre ‍de la situation humanitaire, ‌avec des‌ hôpitaux vidés, des ressources médicales épuisées et ​le déplacement de médecins‌ et de ⁤personnel de santé.

Le Comité‍ des ⁣médecins soudanais a lancé hier un appel ⁤urgent⁢ pour sauver les ⁣groupes vulnérables, notamment 251 enfants et 91 mères porteuses,⁤ se trouvant actuellement pris dans les tirs‌ croisés à l’orphelinat de Maygoma ⁢à Khartoum.

Les ​personnes désormais ‍redéplacées par les affrontements à Wad⁢ Madani ont dû entreprendre ⁤un pénible voyage loin de cette ⁤ville devenue une arène de combat. Des rapports indiquent que les‌ difficultés de déplacement et l’augmentation des prix des billets aggravent actuellement l’exode.

En raison des problèmes⁤ de transport et ⁢du déploiement intensif ‍de forces armées des deux côtés, une crise du⁣ pain ⁤a provoqué hier la fermeture ⁢des fours. Face ⁢à ces défis, les FAS ont déployé des renforts importants et mis en place des mesures de ​sécurité strictes, fermant⁤ des ⁣ponts et des entrées clés de la ville. Le commandant de la Première division d’infanterie a revendiqué la victoire sur les FSR, affirmant⁤ que‌ leur ‌tentative⁤ de prendre d’assaut Wad Madani était une “action désespérée pour compenser les pertes à Khartoum”. Cependant, ‌certains des déplacés⁣ récents sont sceptiques et expriment ⁢des doutes quant au retrait complet des‌ FSR des parties est​ de la ville.

Yasir Arman, fondateur du Mouvement ‌révolutionnaire démocratique de la SPLM-N, a élevé ​des préoccupations concernant​ les alarmants rapports d’arrestations à caractère ethnique et géographique qui ont émergé récemment et le risque⁣ que ce “conflit prenne une dimension ethnique et sociale”. Arman a condamné ces‍ arrestations et a ​appelé le peuple⁤ soudanais ⁤à résister à toute tentative⁤ d’escalade du conflit sur des lignes ethniques et raciales.

Sur le plan international,⁤ le porte-parole du ‌Département ⁣d’Etat américain a publié un communiqué⁤ samedi, exhortant ‍les FSR à ​éviter ​de cibler les civils et mettant⁣ en garde l’armée⁤ soudanaise contre des actions mettant ‍en⁢ danger la vie des civils. Ils ont ⁢déclaré que des “rapports ​troublants” indiquaient que des “unités d’élite des FSR”​ s’étaient rendues à Wad Madani pour renforcer ⁣les attaques. ⁢Le ⁤Département d’Etat américain a ⁤ajouté que les ​perturbations des efforts humanitaires ne feraient qu’approfondir la ⁣complexité d’une situation déjà désastreuse.