Une liste, des noms, des visages. Le gouvernement américain vient de publier une mise à jour de sa base de données d’expulsion qui ne passe pas inaperçue en Afrique de l’Ouest. Cette fois, ce sont 427 ressortissants de 16 pays de la région qui y figurent, avec noms, photos et chefs d’accusation à l’appui. Parmi eux : 15 Gambiens. Une publication qui relance, une fois de plus, le débat sur la politique migratoire musclée de Washington.
Une base de données tenue par l’ICE
Cette liste est gérée par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), l’agence américaine chargée de l’application des lois sur l’immigration. Elle cible spécifiquement les personnes non citoyennes reconnues coupables de crimes et faisant l’objet de procédures d’expulsion. Le Département de la Sécurité intérieure (DHS), qui publie ces données, utilise même une formule sans détour pour qualifier ces profils : les « worst of the worst » littéralement « les pires parmi les pires ».
Les infractions recensées couvrent un spectre large :
- Blanchiment d’argent et fraude financière ;
- Usurpation d’identité et fraude aux documents ;
- Vol et cambriolage ;
- Possession de stupéfiants ;
- Crimes sexuels, y compris certains visant des mineurs.
Le classement par pays : le Nigeria largement en tête
Sans grande surprise au vu de sa population, le Nigeria domine cette liste avec 134 personnes, soit près d’un tiers du total. Suivent le Libéria (111) et le Ghana (44), qui complètent le podium.
Voici la répartition complète par pays :
| Pays | Nombre de ressortissants |
|---|---|
| Nigeria | 134 |
| Libéria | 111 |
| Ghana | 44 |
| Cap-Vert | 26 |
| Sénégal | 22 |
| Gambie | 15 |
| Côte d’Ivoire | 15 |
| Mauritanie | 12 |
| Burkina Faso | 10 |
| Niger | 10 |
| Sierra Leone | 9 |
| Togo | 7 |
| Guinée | 6 |
| Mali | 5 |
| Guinée-Bissau | 1 |
| Bénin | 1 |
Une liste qui grossit mois après mois
Ce qui frappe, c’est la progression rapide de cette base de données. En juin 2026, elle ne comptait « que » 355 noms pour l’Afrique de l’Ouest. Trois mois plus tard, elle atteint 427, une hausse de plus de 20 %. Le Ghana, par exemple, est passé de 30 à 44 ressortissants recensés en quelques semaines à peine, tout comme la Gambie, passée de 14 à 15.
Que sait-on des Gambiens concernés ?
C’est ici que le bât blesse pour les familles restées au pays : les noms des 15 Gambiens n’ont pas été rendus publics dans le résumé communiqué. Les autorités américaines se contentent d’indiquer que ces personnes sont visées pour des infractions similaires à celles reprochées aux autres ressortissants ouest-africains sur la liste sans plus de détails à ce stade.
Pour donner un ordre d’idée du type de dossiers concernés, d’autres profils rendus publics dans la même mise à jour illustrent la diversité des accusations : fraude à la carte de crédit et affiliation à un gang pour l’un, fraude électronique et blanchiment d’argent pour un autre, infractions liées à la drogue pour un troisième. Des dossiers qui vont du délit financier pur jusqu’à des accusations bien plus graves.
Le contexte : un durcissement assumé sous Trump
Cette mise à jour s’inscrit dans une politique migratoire résolument offensive depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Les chiffres donnent la mesure du changement d’échelle : les effectifs de l’ICE ont été doublés, passant d’environ 10 000 à 22 000 agents, avec un budget programmé à 75 milliards de dollars pour la période 2026-2029. Sur la seule année 2025, le DHS a officiellement enregistré plus de 440 000 expulsions, auxquelles s’ajoutent près de deux millions de départs volontaires effectués sous pression administrative.
Washington a par ailleurs multiplié les accords bilatéraux avec des pays tiers (Eswatini, Rwanda, Guinée équatoriale, Cameroun, Ouganda, Soudan du Sud, RD Congo) pour y transférer des personnes expulsées, y compris des ressortissants de pays qui refusent de les réadmettre directement.
Le DHS tient toutefois à préciser un point important : une arrestation par l’ICE n’entraîne pas automatiquement une expulsion. Chaque dossier fait l’objet d’un examen juridique et administratif avant toute décision finale.
